Archives de catégorie : Actus ACCS

Docteur Mahi Alpha Ba, lors de sa soutenance de thèse.

Thèse : Communication, environnement et insalubrité publique : enjeux, acteurs et pratiques en banlieue dakaroise au Sénégal

La thèse de Mahi Alpha BA, intitulée « Communication, environnement et insalubrité publique : enjeux, acteurs et pratiques en banlieue dakaroise au Sénégal », a été soutenue avec Mention d’excellence à l’Université du Québec à Montréal. Cette recherche constitue une contribution scientifique importante à la compréhension des enjeux d’insalubrité publique dans l’agglomération dakaroise.

Résumé :

Cette étude apporte une contribution scientifique sur la problématique de l’insalubrité publique dans l’agglomération dakaroise, envisagée non seulement comme un enjeu technique de gestion des déchets, mais également comme un phénomène social, communicationnel et participatif. Elle prend appui sur le constat que l’enjeu de l’insalubrité publique demeure persistant et visible dans l’espace urbain sénégalais, en particulier dans la région dakaroise.

L’originalité de la démarche adoptée réside dans le déplacement du regard : il ne s’agit pas uniquement d’interroger l’efficacité des dispositifs techniques ou organisationnels, mais également de comprendre comment les différents acteurs – pouvoirs publics, médias et citoyens – perçoivent, construisent et prennent en charge collectivement cette problématique à travers leurs discours, leurs pratiques et leurs diverses formes d’engagement. Le déchet, loin d’être appréhendé comme un simple résidu matériel, est ainsi abordé dans cette recherche comme un objet social révélateur de rapports singuliers à l’environnement, au cadre de vie et à l’espace public. Pour ce faire, la recherche s’inscrit dans le champ de la communication environnementale (Kane, 2016 ; 2022), notamment dans ses dimensions constitutive et pragmatique (Cox, 2010). Elle s’appuie également sur les apports des théories des représentations sociales dans une perspective structurale (Abric, 2011; Flament, 2003) et sur le développement des savoirs citoyens (Chouinard et al., 2016 ; Nez, 2011) afin de saisir la manière dont les acteurs construisent collectivement leur rapport à l’environnement et à l’insalubrité, ainsi que les modalités de leur participation aux mécanismes de prévention et de lutte.

Sur le plan méthodologique, la thèse adopte une approche qualitative de type ethnographique. Des entretiens semi-directifs, des observations in situ et un travail photographique ont permis de recueillir des données auprès de trois catégories d’acteurs : les responsables de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED), des journalistes spécialistes des questions environnementales et officiant dans différents médias, et des citoyens regroupés en associations dans trois localités de la banlieue dakaroise (Mbao, Golf Sud, Médina Gounass). L’immersion sur le terrain a favorisé une compréhension fine des logiques sociales, professionnelles et institutionnelles à l’œuvre, reconstruite à travers une analyse thématique des données.

L’application de la méthode de l’évocation hiérarchisée (Abric, 2005), avec la technique de confrontation que nous avons introduite a permis la détermination du noyau central et des éléments périphériques de la représentation sociale de l’environnement. Il ressort d’ailleurs des résultats que les médias, les pouvoirs publics ainsi que les communautés partagent un même noyau central : dëkk u waay bi (le cadre de vie). Toutefois, les éléments périphériques de cette même représentation divergent d’un acteur à l’autre. La recherche met en exergue la place centrale qu’occupe mbedd mi (l’espace public au sens matériel) dans la conception de l’environnement chez les acteurs.

De plus, les résultats montrent que les acteurs étudiés possèdent un niveau de connaissance relativement similaire des causes et des manifestations de l’insalubrité publique. Les savoirs citoyens des communautés locales, tout comme l’expertise institutionnelle de la SONAGED et l’analyse journalistique, convergent pour identifier les facteurs structurels, organisationnels et comportementaux qui alimentent le phénomène. Toutefois, cette maîtrise des réalités locales ne se traduit pas automatiquement par des pratiques homogènes ni par une efficacité accrue des interventions du fait de la pluralité des réponses apportées à l’insalubrité publique. Les associations citoyennes, notamment, déploient des initiatives locales innovantes, mais fragilisées par le manque de moyens, l’adhésion partielle des communautés et la persistance de l’état d’esprit de mbedd u buur (res nullius) qui favorise des pratiques permissives.

L’analyse combinée de ces dynamiques révèle une tension constante entre des actions fortement symboliques, mais peu durables, des stratégies institutionnelles structurées, mais réactives, des journalistes conscients, mais peu soutenus et des initiatives citoyennes dynamiques, mais vulnérables. Cette configuration illustre les défis majeurs de la communication environnementale et participative dans les contextes urbains africains : la nécessité de dépasser la symbolique politique, d’institutionnaliser la participation citoyenne, de renforcer les capacités des médias et de stabiliser les initiatives locales.

En définitive, cette thèse montre que la lutte contre l’insalubrité publique à Dakar correspond à un état de crise permanente et ne peut se réduire à des dispositifs techniques ni à des campagnes ponctuelles de sensibilisation. Elle nécessite la mise en place d’une véritable infrastructure civique de la communication, articulant de manière cohérente les actions politiques, institutionnelles, médiatiques et citoyennes, tout en tenant compte des dimensions culturelles, sociales et économiques qui conditionnent l’appropriation durable des changements. À ce titre, l’expérience dakaroise contribue à enrichir les débats scientifiques sur la communication environnementale et participative, en proposant une lecture intégrée de l’insalubrité publique comme enjeu à la fois écologique, social et communicationnel.

Bibliographie sélective

Abric, J.-C. (2005). La recherche du noyau centrale et de la zone muette des représentations sociales. Dans Méthodes d’étude des représentations sociales (érès).

Abric, J.-C. (dir.). (2011). Pratiques sociales et représentations (3e éd). Presses universitaires de France.

Chouinard, Omer, Weissenberger, Sebastian et Lane, Dan. (2016). L’adaptation au changement climatique en zone côtière selon l’approche communautaire : études de cas de projets de recherche-action participative au Nouveau-Brunswick (Canada). VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Hors Série(38). http://dx.doi.org/10.4000/vertigo.16642

Cox, J. Robert. (2010). Environmental communication and the public sphere (2nd ed). Sage Publications.

Flament, Claude. (2003). Structure et dynamique des représentations sociales. Dans Denise Jodelet (dir.), Les représentations sociales (7. éd, p. 224‑239). Presses Univ. de France.

Kane, Oumar. (2016). La communication environnementale: enjeux, acteurs et stratégies. l’Harmattan.

Kane, Oumar. (2022). La communication environnementale : qu’est-ce que c’est et comment entend-elle contribuer aux pistes de solution relatives à la crise climatique ? Le Climatoscope, (3), 101‑105.

Nez, Héloïse. (2011). Nature et légitimités des savoirs citoyens dans l’urbanisme participatif. Une enquête ethnographique à Paris. Sociologie, 2(4), 387. https://doi.org/10.3917/socio.024.0387

Photo de Justine Lalande

Nouvelle Vice-Présidence à la Diffusion

Justine Lalande est la nouvelle Vice-Présidente à la Diffusion de l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible.

Justine est professeure au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux portent sur la communication stratégique des politiques publiques, la participation publique et les dispositifs d’influence. Elle est membre du Laboratoire sur l’influence et la communication (Labfluens) et chercheure associée au Groupe de recherche en communication politique (GRCP) de l’Université Laval. Son parcours combine la recherche universitaire et la pratique professionnelle en communication stratégique et en acceptabilité sociale.

Bienvenue !

Parution de l’ouvrage « Communication de risque et de crise »

L’ouvrage collectif intitulé ‘Communication de risque et de crise » est paru en septembre 2026 aux Presses Universitaires du Québec (PUQ).

Cet ouvrage, coordonné par Thierry Libaert, Bernard Motulsky et Francine Charest, propose une approche plurielle de la communication de risque et de crise, articulant fondements théoriques, analyses critiques et outils opérationnels. Préfacé par Christophe Roux Dufort, il contient également plusieurs contributions de membres de l’ACCS.

https://www.puq.ca/catalogue/livres/communication-risque-crise-5160.html

Communiquer les crises, gérer les risques?

En association avec PR Suisse, la Société Romande de Relations publiques, l’ACCS tiendra son 8ème séminaire annuel le 29 octobre 2026 à Lausanne. Des experts et des professionnels de haut rang exposeront les dernières avancées et réflexions sur la Communication des #risques et la gestion des crises, dans une perspective internationale.

Informations et inscriptions: https://accs2026.sciencesconf.org/

Hommage à Edgar Morin

Par Thierry Libaert, Président honoraire de l’ACCS

Pour l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible, il y a beaucoup de raisons d’honorer la mémoire d’Edgar Morin.

Promoteur de l’interdisciplinarité, de la pensée humaniste et de la complexité, ses travaux sont unanimement reconnus et parfois même davantage à l’étranger qu’en France. Edgar Morin doit détenir le record des reconnaissances Honoris Causae avec plus d’une trentaine de distinctions, et cela bien avant que ce titre ne perde de sa valeur.

Si la communication existe aujourd’hui comme une discipline constituée et enseignée dans les universités, Edgar Morin y est pour beaucoup. Avec le Centre d’Etudes des Communications de Masse (CECMAS) en 1960, rebaptisé en 2008 Centre Edgar Morin, il a impulsé les premières recherches dans une optique totalement interdisciplinaire. Il a dirigé la revue Communication qui existe toujours. Il a été un défricheur à une époque où la communication était nettement moins présente dans l’espace public.

Cette science de la communication qu’il a contribué à forger, il l’a voulue ouverte sur l’ensemble des autres disciplines et notamment, ce qui était là encore totalement innovant, sur les sciences de la vie.

Il a réussi l’exploit de réussir à ce que tout le monde peut aujourd’hui commenter ses pensées sans jamais avoir lu ses œuvres majeures et notamment La Méthode. Il a en effet développé une pensée particulièrement élaborée, la pensée de la complexité, tout à l’accompagnement d’une volonté permanente de vulgarisation.

Sur les grands axes de nos travaux, nous rencontrons toujours la pensée d’Edgar Morin, que ce soit sur les questions environnementales ou la communication de crise, l’œuvre d’Edgar Morin est présente. C’est ainsi que la pensée de la crise est indissociable de son article fondateur « Pour une crisologie », rédigé en 1976. Il y écrivait déjà : « Il n’est pas de domaine ou de problème qui ne soient hantés par l’idée de crise »

La pensée complexe est au cœur de l’étude des controverses. Elle permet de les dépasser en cherchant à trouver d’abord les accords plutôt que d’approfondir les désaccords, et surtout en élargissant les controverses à d’autres angles d’approche.

J’aime ce mot pour le présenter : « indiscipliné », non seulement puisqu’il était fondamentalement libre, mais aussi parce qu’il ne pouvait se reconnaître dans une seule discipline.

Appel à contribution « Communiquer les crises, gérer les risques » – 8ème séminaire annuel de l’ACCS, le 29 octobre 2026, à Lausanne (Suisse)

La généralisation des situations de risque et l’enchaînement de crises majeures – qu’elles soient environnementales, sanitaires, industrielles, numériques ou politiques – transforment en profondeur les conditions de production, de circulation et de réception de l’information tout comme les pratiques de communication des acteurs (Allard-Huver, 2020; Libaert et al., 2018; Libaert & Pierlot, 2005). Dans ces contextes marqués par l’urgence, l’incertitude et parfois l’agonistique, la communication n’est pas simplement perçue comme un dispositif d’accompagnement, de médiation ou de sensibilisation mais également comme un processus de cadrage et de mise en discours. La communication sur les risques et les crises, parce qu’elle permet de réguler les rapports entre experts, décideurs, médias et publics, s’inscrit au cœur des processus de décision, de légitimation de l’action publique et organisationnelle, mais également de construction de la confiance – ou de la défiance – face aux institutions, d’imputation et de députation des responsabilités de plus en plus illimitées des organisations (D’Almeida, 1996, 2007).

Nonobstant, communiquer sur les risques et en situation de crise soulève de nombreux défis théoriques, méthodologiques, socio-culturels et éthiques. La tension entre transparence et contrôle de l’information, la gestion du sensible, les risques de dissimulation, de minimisation ou de dramatisation excessive, ainsi que la crédibilité des sources sont autant d’enjeux centraux. Ces problématiques sont accentuées par la complexité croissante des savoirs scientifiques mobilisés, par la pluralité des expertises en concurrence et par la circulation rapide de l’information dans des environnements médiatiques et numériques en changement (Alloing, 2023; Alloing & Vanderbiest, 2018; Catellani et al., 2018, 2022; Pascual Espuny, 2017). Plus encore, ces dynamiques reconfigurent les dispositifs d’intelligence territoriale et d’intelligence économique, en posant la question de la veille stratégique, de la circulation asymétrique des informations, de la maîtrise des flux informationnels et de la capacité des acteurs publics et privés à transformer l’information en ressource stratégique dans des écosystèmes communicationnels instables et concurrentiels (Knauf et al., 2021; Knauf & Marcon, 2024; Marcon, 2024).

La communication des risques se heurte également à des résistances culturelles, à des formes de contestation des autorités scientifiques et institutionnelles, ainsi qu’à des conflits opposant défenseurs d’intérêts catégoriels et défenseurs de l’intérêt général (Yates et al., 2023). En contexte de crise, ces tensions peuvent favoriser la désinformation, la polarisation des débats, la défiance envers les institutions ou encore la diffusion de récits alternatifs et complotistes. Les médias, les journalistes et les plateformes numériques occupent à ce titre une position clé dans la construction, la médiatisation, la réception et la perception des crises, tout en étant eux-mêmes pris dans des logiques d’accélération et de spectacularisation dans un système médiatique régi par la logique du buzz et l’économie de l’attention (Jeanneret, 2014; Vergopoulos, 2016).

Par ailleurs, la perception et l’appropriation des messages de risque varient fortement selon les contextes socio-économiques, les trajectoires culturelles, les expériences antérieures des crises et les inégalités d’exposition aux risques (Beck, 2015). Ces dynamiques invitent à repenser les modèles dominants de la communication de crise et des risques au prisme de l’incommunication, de l’acceptabilité sociale, de la justice informationnelle et de l’inclusion des publics les plus vulnérables (Friser & Yates, 2021). Elles interrogent également les capacités des dispositifs de communication à intégrer la participation citoyenne, la délibération et la reconnaissance des savoirs profanes (Callon et al., 2001).

Dans cette perspective, et dans un environnement médiatique changeant, l’analyse des stratégies, des discours et des pratiques de communication des risques et de crise dans différents contextes culturels, politiques, institutionnels et organisationnels nous apparaît comme essentielle pour mieux éclairer les évolutions tant professionnelles qu’académiques de la recherche sur ces sujets.

L’Académie des Controverses et de la Communication Sensible (https://academie-ccs.uqam.ca/) invite ainsi chercheurs et professionnels à participer à son séminaire annuel 2026 consacré à la communication de crise et à la communication des risques, afin d’interroger les transformations contemporaines de ces pratiques face à l’incertitude, à l’agonistique, aux transformations des modes d’information et de communication tout comme aux reconfigurations des rapports entre acteurs au sein de la sphère publique. Ce séminaire vise à favoriser un dialogue interdisciplinaire et comparatif entre recherche académique et retours d’expérience de terrain.

Axes thématiques

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants (liste non exhaustive) :

  1. Communication des risques et anticipation des crises
    Modèles théoriques et dispositifs de communication préventive, construction sociale des risques, perception et appropriation des messages de prévention, communication scientifique en amont des crises, veille stratégique, détection des signaux faibles, dispositifs d’alerte et cartographie des vulnérabilités.
  1. Communication de crise et gestion de l’incertitude
    Stratégies discursives en situation de crise, temporalités de la communication (avant, pendant, après), coordination des acteurs, arbitrages entre transparence, contrôle et responsabilité, gouvernance des données de crise, sécurisation des flux informationnels et appui à la décision.
  1. Médias, plateformes numériques, IA et crises
    Rôle des médias, réseaux sociaux et IA dans la médiatisation des crises, désinformation, rumeurs et fake news, dynamiques de polarisation et de viralité, place des journalistes et des communicants, écosystèmes informationnels, ingérence numérique étrangère, veille numérique et veille réputationnelle.
  1. Publics, confiance et acceptabilité sociale
    Gestion des relations avec les publics, construction et érosion de la confiance, légitimité des institutions et des organisations, participation des publics et enjeux d’acceptabilité des décisions en contexte de risque.
  1. Crises organisationnelles et responsabilité des acteurs
    Communication de crise des organisations publiques et privées, enjeux de responsabilité sociale et juridique, gestion de la réputation, apprentissages organisationnels et retours d’expérience post-crise, vulnérabilités informationnelles, protection des actifs immatériels (patrimoine intellectuel).
  1. Approches critiques, comparatives et non-occidentales de la communication de crise
    Pluralité des modèles de gestion des risques, influences culturelles, sociales et politiques, inégalités face aux crises, perspectives critiques et décentrées sur la communication des risques et de crise, culturelle informationnelle.
  1. L’intelligence économique comme cadre d’analyse

Dispositifs de veille et d’alerte, usages de l’OSINT (Open source intelligence), gestion des vulnérabilités informationnelles, protection de la réputation, influence, contre-influence et coordination du processus de décision, mécanismes de circulation sélective de l’information en cellule de crise.

Modalités et format attendu des propositions de communication :

Les chercheurs et professionnels intéressés sont invités à soumettre une proposition  de communication sous la forme d’un résumé de 400 mots minimum (hors bibliographie) sur la plateforme https://accs2026.sciencesconf.org/ :

Les propositions devront comporter les éléments suivants : 

  • Titre de la proposition ;
  • Axe dans lequel s’inscrit la proposition ;
  • Problématique, méthodologie et résultats préliminaires ;
  • Une bibliographie (5 à 10 références).

Dates importantes

  • Date limite pour l’envoi de propositions : 1er juin 2026
  • Retour vers les auteurs : juillet 2026
  • Programmation finale : septembre 2026
  • Séminaire annuel : 29 octobre 2026

Publication des actes

Les communications présentées feront l’objet d’une publication dans un volume d’actes numérique (ISSN) édité par l’ACCS ; les meilleures contributions seront, après évaluation, proposées pour la préparation d’un numéro de la R2IE (Revue internationale d’intelligence économique) dans lequel elles pourront paraître sous forme d’articles scientifiques.

Comité d’Organisation

François Allard-Huver : fallardhuver@uco.fr

Julie Escurignan : jescurignan@uco.fr

Cécile Gruet : ccgruet@gmail.com

Karine Johannes : karine.johannes@gmail.com

Thierry Libaert : thierry.libaert@uclouvain.be

Bernard Motulsky : motulsky.bernard@uqam.ca

Stéphanie Yates : yates.stephanie@uqam.ca

Comité Scientifique :

François Allard-Huver, Université Catholique de l’Ouest.

Nicolas Baygert, IHECS-Protagoras.

Andrea Catellani, Université Catholique de Louvain.

Julie Escurignan, Université Catholique de l’Ouest.

Thomas Anh Ngoc Hoang, Université Catholique de l’Ouest.

Béatrice Jalenques-Vigouroux, INSA-Toulouse.

Winni Johansen, Aarhus University.

Audrey Knauf, Université de Lorraine.

Justine Lalande, Université du Québec à Montréal.

Erwan Lecoeur, Sciences-Po Grenoble.

Valérie Lehman, Université du Québec à Montréal.

Bernard Motulsky, Université du Québec à Montréal.

Céline Pascual-Espuny, Aix-Marseille Université.

Flore Tanguay-Hébert, Université du Québec à Montréal.

Stéphanie Yates. Université du Québec à Montréal.

Bibliographie

Allard-Huver, F. (2020). Savoirs, dispositifs et médiations des risques alimentaires : Le scandale des œufs contaminés au fipronil. Les Enjeux de l’information et de la communication.

Alloing, C. (2023). Fausser l’information journalistique pour mobiliser les algorithmes et les publics : Comment les plateformes permettent-elles de faire du vrai avec du faux ? Les Enjeux de l’information et de la communication, 231(S1), 47‑68. https://doi.org/10.3917/enic.hs13.0047

Alloing, C., & Vanderbiest, N. (2018). La fabrique des rumeurs numériques. Comment la fausse information circule sur Twitter ? Le Temps des medias, n° 30(1), 105‑123.

Beck, U. (2015). La société du risque : Sur la voie d’une autre modernité.

Callon, M., Lascoumes, P., & Barthe, Y. (2001). Agir dans un monde incertain : Essai sur la démocratie technique. Editions du Seuil.

Catellani, A., Pascual Espuny, C., Allard-Huver, F., Loneux, C., Bernard, F., & d’Almeida, N. (2022, mai). Crises environnementales et organisations. Regards en communication environnementale. Un monde de crises au prisme des communications organisationnelles. https://hal.science/hal-03655308

Catellani, A., Pascual Espuny, C., Malibabo, L. P., & Vigouroux, B. J. (2018, octobre). Post-normal science and environmental communication : Talking about risk, uncertainty and controversies. 7th European Communication Conference – Centers and Peripheries: Communication, Research, Translation – ECREA congress. https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-02120454

D’Almeida, N. (1996). L’entreprise à responsabilité illimitée La citoyenneté d’entreprise en questions (Editions Liaisons).

D’Almeida, N. (2007). La société du jugement : Essai sur les nouveaux pouvoirs de l’opinion. Colin.

Friser, A., & Yates, S. (2021). Article introductif – L’acceptabilité sociale, une question de démocratie participative ? Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels – RIPCO, (69), 5‑16. https://doi.org/10.3917/rips1.069.0005

Jeanneret, Y. (2014). Critique de la trivialité : Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Éditions Non standard.

Knauf, A., & Marcon, C. (2024). Éditorial. Perspectives actuelles en intelligence économique territoriale. Revue internationale d’intelligence économique, 16(2). https://hal.science/hal-05079521

Knauf, A., Moinet, N., & Coussi, O. (2021). Éditorial. Revue internationale d’intelligence économique, 13(1), 9‑13.

Libaert, T., Motulsky, B., Baygert, N., Vanderbiest, N., & Vicherat, M. (2018). Communication de crise. Pearson. https://books.google.co.uk/books?id=zqRhDwAAQBAJ

Libaert, T., & Pierlot, J.-M. (2005). Les Nouvelles Luttes sociales et environnementales. Notre-Dame-des-Landes, droit au logement, gaz de schiste, expérimentation animale…. Vuibert.

Marcon, C. (2024). Intelligence économique et développement durable : Fusion ou confusion ? La Revue des Sciences Commerciales / Business Sciences Review, 22(2), 7‑24.

Pascual Espuny, C. (2017). Communication environnementale et communication des organisations. Logiques de publicisation, de circulation et de cristallisation, mémoire d’habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication, Aix-Marseille Université. [Habiliation à diriger des recherches]. Aix-Marseille Université.

Vergopoulos, H. (2016). Quand les médias apaisent les crises qu’ils attisent, le tourisme en Grèce en temps de crise et son traitement médiatique – Les Feuillets. Effeuillage. https://feuillets.effeuillage-la-revue.fr/portfolio-item/quand-les-medias-apaisent-les-crises-quils-attisent-le-tourisme-en-grece-en-temps-de-crise-et-son-traitement-mediatique/

Yates, S., Lalande, J., & Lalancette, M. (2023). Du « modèle du déficit » au tournant participatif en communication des risques : Les luttes d’expertise au cœur de l’acceptabilité sociale des projets d’exploitation des ressources naturelles. Canadian Journal of Communication, 48(4), 743‑770. https://doi.org/10.3138/cjc-2022-0005

Face aux crises climatiques, sociales et environnementales qui touchent le continent, la communication joue un rôle essentiel pour informer, mobiliser et renforcer la résilience. Les recherches africaines en communication climatique soulignent l’importance de récits ancrés dans les réalités locales et de messages adaptés aux contextes sociaux et culturels du continent.
L’expertise en communication environnementale et gestion du risque développée par plusieurs chercheurs africains montre également la nécessité d’approches intégrées, alliant sciences, participation communautaire et stratégies de sensibilisation efficaces.

Ce webinaire explorera comment mieux communiquer face aux crises pour accompagner les transitions durables, mobiliser les acteurs et renforcer la capacité d’action des sociétés africaines.

Questions à Daniel Chaize

En 1993 paraissait « Les dircoms » de Daniel Chaize et Robert Tixier-Guichard. Un livre très fouillé de 600 pages sur l’activité des dircoms, le 1er livre sur le travail des responsables de communication au moment de la généralisation et de la reconnaissance de la fonction. Nous avons demandé à Daniel Chaize son regard sur l’évolution de la fonction depuis ces 33 dernières années.

Propos recueillis par Thierry Libaert.

  • Parmi les surprises à la relecture de ton livre, il y a le fait qu’un très grand nombre de dircoms que tu cites restent dans nos mémoires. Les dircoms étaient connus, on les entendait en conférence, on les retrouvait au festival de Biarritz ou au TopCom de Deauville. En dehors de la fin de ces grands évènements, comment expliques-tu la relative discrétion actuelle ?

Discrétion ? Peut-être, mais c’est plus une question d’époque que de tempéraments individuels dont certains étaient certes incontestablement forts. Après toute période de surexposition, l’activité normale se confond avec un certain effacement. Pour obtenir la reconnaissance de leur métier, négligé, voire même moqué dans les strates dirigeantes des entreprises, les dircoms ont été obligés de se mettre en avant. Il s’agissait d’être pris au sérieux par les comités de Direction où, de fraiche date, un siège leur avait été offert. Aux yeux de certains directeurs, les nouveaux cooptés demeuraient de sympathiques saltimbanques à leurs ordres… qui leur étaient donnés parfois sans ménagement. Il fallait souffler fort dans le cor pour se faire entendre et certains se sont alors peut-être un peu hausser du col. Ce n’est plus le cas, car le principe de réalité s’est imposé. Le professionnalisme des dircoms est avéré et il s’est généralement diffusé à toutes les couches de l’entreprise, aussi bien au niveau national que local.
Aujourd’hui, la force de frappe de la communication est assurée grâce à l’efficacité d’équipes décentralisées sur leurs territoires d’implantation. Les dircoms se concentrent sur une double tache : conseiller les dirigeants et leur proposer des chemins d’action, animer et former les équipes chargées de les mettre en œuvre. On est loin du monde des paillettes. Ils ne sont pas pour autant dans l’ombre, ils font simplement le job, comme leurs collègues DRH, ingénieurs ou directeurs financiers.

  • On a le sentiment d’un « âge d’or » de la communication où elle pouvait tout se permettre et notamment de provoquer ses publics. Cette époque est définitivement révolue ?

Dans leurs « ateliers », les dircoms découvraient leurs outils et ils les affûtaient, pragmatiquement, au fil de l’expérience. Ils créaient des méthodologies et imaginaient des stratégies innovantes. Surprendre procure toujours un avantage. La communication se permettait de tester sans craindre les ratés. Les dircoms ne négligeaient pas les coups de Com’ pour obtenir un effet waouh dont ils étaient aussi bénéficiaires. Ils investissaient des territoires inconnus créés par des médias en recherche de publics, et devenaient de « bons clients » dans des émissions et des rubriques où le débat contradictoire était la règle.
Les journalistes-animateurs soufflaient sur les désaccords pour faire des étincelles, mais sans mettre le feu aux poudres. Dans l’arène médiatique, il était de bon ton et de bonne pratique de ferrailler avec le maximum d’arguments, fût-ce au prix de phrases chocs bancales. Mais tous les participants, journalistes, politiques et dircoms essayaient de convaincre avec des arguments. C’était possible, car la longueur des articles et la durée des émissions de télévision leur en laissaient le temps. Désormais, ce n’est plus le cas. Les espaces offerts sont moins nombreux et il faut aller vite pour faire flamber l’audience. Chacun y brûle vite sa peau de chagrin.
Sur la forme, l’esprit de joute oratoire prétend demeurer, mais, en réalité, il a disparu. Les plateaux offrent le spectacle de projections d’interjections d’autant plus brèves que l’interruption du contradicteur est systématique. On découvre même des rubriques qui nous livrent des petites phrases rabâchées comme des perles. Sur les écrans, les breaking news ajustent leurs titres aguicheurs selon le nombre de clics qu’elles génèrent. On ne mouline plus des idées, mais on brasse le vide avec les bras, les mimiques et les mots d’accroche. Si le conflit d’opinion commençait à se dérouler sur un ring de boxe – « noble art » déjà violent – il se passe aujourd’hui dans la cage du MMA, cette boxe destructive autorisant coups de pied et de genoux. Il faut que ça aille vite et que ça « saigne ». C’est l’ère du pouce levé ou baissé. Les dircoms n’ont pas à en être : débatteurs, oui, gladiateurs, non.
Sur le fond, on vit des inversions de tendance. Par exemple, les intoxications alimentaires ou les rappels d’automobiles étaient source de controverses à chaud. Maintenant, on peut lire sur des fils d’information de grands quotidiens : « Les alertes alimentaires à ne pas manquer cette semaine ». Aucune marque de voitures n’a échappé à des contrôles massifs. C’est dans l’ordre des choses. Les informations données sont extrêmement rapides et les retraits des produits suspectés efficaces. Le professionnalisme des intervenants, dont ceux de la communication, porte ses fruits. Des sujets de haute gravité demeurent : terribles décès de bébés imputés à l’absorption de lait infantile contaminé ; dysfonctionnements d’airbags provoquant des décès, etc. Mais, là encore, les marques et les distributeurs apparaissent maîtriser la situation. En revanche, quand on ment, les scandales du dieselgate en témoignent, la vraie crise fait son retour, mais comme de nombreux constructeurs sont accusés, les ventes ne s’en ressentent guère. Chacun a besoin d’une automobile. Seules conséquences dommageables, les énormes amendes qui affectent gravement les bénéfices. Si Tesla plonge en Bourse, la qualité des voitures n’est pas en cause, ce sont les agissements d’Elon Musk qui plombent le titre. S’il était encore patron de Microsoft, Bill Gates devrait démissionner avec le scandale Epstein. Les « grands sujets » d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui, hormis lors des célébrations des grandes dates anniversaires. Et encore ! Ainsi, le nucléaire civil, après Tchernobyl et Fukushima se voit relancé par plusieurs gouvernements dont le français sans soulever des contestations notables de l’opinion. L’opinion pardonne mieux les erreurs techniques, accepte mieux aussi le temps long des enquêtes judiciaires, mais elle reste hypersensible au mensonge.
La communication, tous azimuts, est dispersée et morcelée dans ses formes et vecteurs et son fond est si dense, donc si éloigné de la fast-information, que l’oubli est plus rapide que jamais. Le corps social, pourtant si prompt à l’émotion, semble s’être endormi, à moins qu’il ne soit lassé à force de boire la tasse dans la mélasse déversée par les robinets de l’information cascade.

  • Dans ton ouvrage, tu accordes une grande importance aux relations presse. Tu cites d’ailleurs plusieurs dircoms qui insistent là-dessus. Les relations presse te semblent toujours la fonction prioritaire d’une direction de la communication ?

Non. Les relations presse ne sont plus ce qu’elles étaient car la presse n’est plus ce qu’elle était. La presse quotidienne est moribonde dans sa version papier et les tirages des hebdomadaires sont à pleurer. La concurrence entre les télévisions classiques et celles d’information continue est dévastatrice. Sur les plateaux, tournent les mêmes « experts » qui, c’est logique, se répètent. Qui s’y retrouve dans cet éparpillement façon puzzle où des journalistes animateurs jouent eux-mêmes la vedette parce qu’ils croient l’être ? Ne restent probablement efficaces que les alertes sur les réseaux. Le consommateur a l’impression d’être au cœur de l’événement. Il retient quelques mots et passe à la suite. Mais si elles lancent un courant qui électrise notre appétit du « neuf », elles sensibilisent davantage notre épiderme que notre cerveau. Quant aux journalistes, moins nombreux et moins formés par les rédactions, ils comptent moins dans un flot qui charrie de nombreux déchets de toute sorte, punchlines en tête. Qui connaît leur nom ? Ce n’est pas grave, à certaines heures, ils sont remplacés par l’IA.
Les journalistes sont d’autant moins audibles que les nombreux adeptes de l’unique information par les smartphones, notamment les jeunes, ne font pas de différence entre les sites d’information de grands médias et ceux où tout peut être écrit sans contrôle de la véracité des rédacteurs. Les infox et les thèses complotistes côtoient la vérité des faits.
Les dircoms ont compris l’environnement. Même en situation tendue, ils publient un tweet court d’informations factuelles générales, jusqu’à un équivalent un peu plus tard. Ces infos brutes – et totalement maîtrisées – seront reprises dans la presse davantage que le communiqué de presse qui ouvrait l’appétit de questions des journalistes. Le président de la plus grande puissance mondiale agit-il autrement ? Les conférences de presse sont plus rares et réservées à l’annonce des résultats financiers ou la présentation des nouvelles orientations stratégiques. Le dirigeant de l’entreprise les assure en majesté. Si les relations presse valent encore, c’est dans le sens lobbying avec les rencontres informelles entre les dircoms et les journalistes clés pour eux et les directeurs de publication. Les points-presse sont moins utilisés. Le médium est bien le message. Les deux privilégient la brièveté.
Pour compenser, la publicité, qui fut un moyen de pression et parfois une sorte de chantage vis-à-vis des éditeurs de presse, est devenue un vecteur plus courant du mass-média communicant. Sa force, couplée à celle de l’achat d’espace, m’apparaît grandissante. Ce constat ne concerne pas seulement la communication corporate qui va jusqu’à « se contenter » de pages limitées à la présentation d’un texte et d’une signature, mais il vaut aussi pour les annonces classiques par lesquelles les entreprises vantent la qualité de leurs services et produits. Elle est utilisée sans honte et sans retenue, y compris en temps de crise. On ne s’efface plus face à un missile d’attaque, on riposte en lançant un nuage de drones. Nouvelle tactique.
La combinaison d’action de bonnes agences de conseil, de publicité, et d’achat d’espaces se révèle avoir une puissance de frappe sans équivalent. Il « suffit » d’avoir une veille de qualité et une réponse ciblée au bon moment pour atteindre ses publics avec une précision inégalée. Urbi et orbi.
C’est pourquoi, le travail amont du dircom – notamment avec une veille chirurgicale et si nécessaire mondiale – en collaboration étroite avec les directions financière, marketing – fonction que le dircom peut cumuler à la sienne – et avec les avocats est essentiel.
Ajoutons que les dircoms sont très proches de leurs patrons devenus souvent de bons communicants. Il y a même des patrons « stars » à la capacité communicationnelle forte. On peut penser à ceux de TotalÉnergies, Renault, Stellantis, Leclerc et d’autres. S’ils font de mauvais choix stratégiques et qu’ils les clament avec autorité, ce qui est nécessaire, ils le paient cher.
La tendance est radicalement différente de celle des années 1990 où le pouvoir politique était « socialiste ». Les patrons n’étaient pas particulièrement à la fête communicante. Aujourd’hui, dans les sondages, les Français disent voir d’un bon oeil une candidature de l’un d’entre eux à l’élection présidentielle. Les temps changent et la parole des entreprises avec.

  • Tu définis la communication d’entreprise comme une nouvelle manière de rechercher et de gérer l’assentiment, tu assumes toujours cette définition ?

La formule revient, je crois, à un général dircom. Elle est toujours valable. On a vu l’importance de la réputation, garantir un assentiment positif demeure un axe principal si on veut amortir les crises qui, naturellement, ne manquent pas de surgir.
La « communication de crise » – pour moi une simple composante d’une intervention plus large – n’est plus une spécificité aussi décisive. Demeurent bien sûr l’importance du porte-parole (pompiers, militaires, ingénieurs, préfets, etc.) dont il faut noter la très grande amélioration, visible et efficace.
L’actualité n’est pas avare de sujets importants : les PFAS, les pesticides, les bébés décédés après absorption de lait infantile, la production d’eaux minérales hors des clous, celle de pizzas impropres à la consommation, mais les entreprises échappent davantage aux communications agressives des opposants. Naturellement, il y a des exceptions, et certaines doivent assumer des révisions déchirantes et des coûts importants, notamment par des fermetures de site industriels. Mais si l’on s’en tient à la définition de l’assentiment, sont-elles profondément touchées ? À part quelques exceptions, je ne le pense pas. Notamment parce qu’elles sont mieux armées par des outils de communication plus affûtés et qu’elles sont plongées, comme nous, dans un environnement si confus qu’il étouffe tout. Dans la masse informationnelle, on oublie plus vite. Très vite. Les entreprises savent aussi mieux gérer « l’exfiltration » de leurs dirigeants et elles n’hésitent pas pour changer de nom. Elles savent mieux durer et se développer à l’inverse du monde politique embourbé dans la défiance et qui, lui, dont on attend tout lorsqu’il est au pouvoir, est attaqué chaque jour sur chaque décision ou projet.

  • Si tu refaisais une suite de ce livre, sur quoi insisterais tu ?

J’interrogerais mes interlocuteurs sur les moyens qu’ils comptent utiliser afin de se faire entendre par l’argument de raison alors que nous vivons dans un monde dominé par la réaction liée à l’émotion. Avoir le point de vue et la vision de dircoms, mais aussi de dirigeants, de décisionnaires de l’État, de responsables politiques et associatifs et d’élus pourrait être intéressant et productif. Face au déferlement affirmatif qui fait le « narratif » commun par sa force de simplification et de répétition, il convient de redresser la barre et de faire mesurer au plus grand nombre la complexité des interactions qui président à toute prise de décision. Je crois que c’est le sujet démocratique principal.
Nous vivons dans un monde de turbulences, de bouleversements technologiques, de changement techniques et culturels. Des articles sérieux évoquent une chute du niveau d’attention et une baisse tendancielle de celui des connaissances. Les pertes de repères sont nombreuses à égarer les esprits qui se cherchent, se perdent et à la fin ne cherchent plus rien. La communication peut participer de la rééducation et ouvrir de nouveaux chemins de confiance.
C’est un enjeu de communication qui doit être exprimé sans effets, tel quel, clairement, et abordé frontalement avec les citoyens. Tranquillement, avec pédagogie, dans la durée mais avec obstination. C’est un vaste chantier où une interrogation profonde sur les changements décisifs des nouveaux médias, amplifiés par l’IA, et le pouvoir réel des influenceurs et de leurs « manipulateurs » s’impose collectivement. Cette indispensable connaissance technique et philosophique, devra zigzaguer pour éviter les bombes à fragmentation d’infox et les thèses complotistes. Une telle enquête ne peut être sérieuse que soutenue par des expertises.