Hommage à Edgar Morin

Par Thierry Libaert, Président honoraire de l’ACCS

Pour l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible, il y a beaucoup de raisons d’honorer la mémoire d’Edgar Morin.

Promoteur de l’interdisciplinarité, de la pensée humaniste et de la complexité, ses travaux sont unanimement reconnus et parfois même davantage à l’étranger qu’en France. Edgar Morin doit détenir le record des reconnaissances Honoris Causae avec plus d’une trentaine de distinctions, et cela bien avant que ce titre ne perde de sa valeur.

Si la communication existe aujourd’hui comme une discipline constituée et enseignée dans les universités, Edgar Morin y est pour beaucoup. Avec le Centre d’Etudes des Communications de Masse (CECMAS) en 1960, rebaptisé en 2008 Centre Edgar Morin, il a impulsé les premières recherches dans une optique totalement interdisciplinaire. Il a dirigé la revue Communication qui existe toujours. Il a été un défricheur à une époque où la communication était nettement moins présente dans l’espace public.

Cette science de la communication qu’il a contribué à forger, il l’a voulue ouverte sur l’ensemble des autres disciplines et notamment, ce qui était là encore totalement innovant, sur les sciences de la vie.

Il a réussi l’exploit de réussir à ce que tout le monde peut aujourd’hui commenter ses pensées sans jamais avoir lu ses œuvres majeures et notamment La Méthode. Il a en effet développé une pensée particulièrement élaborée, la pensée de la complexité, tout à l’accompagnement d’une volonté permanente de vulgarisation.

Sur les grands axes de nos travaux, nous rencontrons toujours la pensée d’Edgar Morin, que ce soit sur les questions environnementales ou la communication de crise, l’œuvre d’Edgar Morin est présente. C’est ainsi que la pensée de la crise est indissociable de son article fondateur « Pour une crisologie », rédigé en 1976. Il y écrivait déjà : « Il n’est pas de domaine ou de problème qui ne soient hantés par l’idée de crise »

La pensée complexe est au cœur de l’étude des controverses. Elle permet de les dépasser en cherchant à trouver d’abord les accords plutôt que d’approfondir les désaccords, et surtout en élargissant les controverses à d’autres angles d’approche.

J’aime ce mot pour le présenter : « indiscipliné », non seulement puisqu’il était fondamentalement libre, mais aussi parce qu’il ne pouvait se reconnaître dans une seule discipline.