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Le travail : nouvelle frontière de la communication interne ?

Séminaire Académie des Controverses et de la communication sensible (ACCS) : 28 juin 2022 18h-19h30

Les crises font bouger les lignes de la communication interne des entreprises.

Et c’est sans doute au premier chef parce que le travail et les relations sociales changent (télétravail, nouvelle organisation des temps et des espaces…) que la communication interne se transforme.

Nous verrons quelles formes prend cette transformation (mise en visibilité du travail réel, rapprochement des équipes et des salariés en situation critique…)

Ce sont aussi les enjeux du travail et du social qui font que les communicants sollicitent plus qu’hier les sciences humaines et sociales au cœur de leur métier et de leurs pratiques.

Trois intervenants :

Jean-Marie Charpentier, consultant, administrateur de l’Association française de communication interne (Afci)

Delphine Jarosinski, Responsable Communication CHU Brugmann, membre de l’Association belge de communication interne (ABCi)

Vincent Brulois, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Paris Nord

Inscription à l’événement :

https://www.eventbrite.fr/e/billets-le-travail-nouvelle-frontiere-de-la-communication-interne-336581473247

Normes et Labels. Quelle valeur pour la communication ? Appel à contributions.

Pour son séminaire annuel qui aura lieu le 16 novembre 2022, l’ACCS lance son appel à contributions. Soumission des propositions pour le 15 juin.

Présentation du thème du séminaire annuel ACCS 2022

Le recours à une reconnaissance externe ou à un cadre de référence tiers qui vient renforcer la crédibilité d’une communication officielle est fréquemment utilisé dans une multitude de messages. Cette méthode est mobilisée en effet qu’il s’agisse de messages publicitaires, d’inserts sur des emballages ou d’affirmations énoncées lors de discours officiels ou non mettant en avant un produit, un processus, un concept ou une cause. Dans la plupart des cas, cette approche vise à augmenter l’impact du message
et de don émetteur.


L’écoblanchiment ou greenwashing est sans doute l’un des domaines dans lequel le recours à une reconnaissance externe (haute qualité environnementale, conformité aux idées vertes, respect de la cause écologique, processus de production biologique) s’avère actuellement le plus poussé voire le plus sophistiqué. Mais cette stratégie se
retrouve dans bien des domaines d’activité, afin de « vanter » les qualités nutritives, l’impact sur la santé, la valeur d’activités professionnelles, la qualité d’un conseil d’investissement, voire même la comparaison entre concurrents. La présence d’un endossement par un signataire « externe », que cette reconnaissance corresponde à un label, une certification ou une norme, vient alors renforcer les messages émis.

Mais, dans certains cas, la reconnaissance qui se veut externe et en fait interne à l’organisation qui communique, ce qui peut poser question en termes de validité et de sincérité. Par ailleurs, il semble même que la différence entre label; norme ou certifications ait peu d’importance dans bien des cas, le but étant d’afficher « une valeur ajoutée ». Pourtant, les définitions de ces concepts appliqués sont distinctes*.

*(Inspiré par : https://certification-ameublement.fcba.fr/actualite/quelles-differences-entre-reglementation-norme-label-et-certification)La norme est un document de référence approuvé par un institut de normalisation reconnu tel qu’AFNOR.

  • La norme n’est pas un règlement, elle n’est pas obligatoire. Le fait de l’appliquer témoigne d’un engagement de qualité reconnu. C’est la raison pour laquelle une certification s’appuie sur une liste de normes, soit de moyens (protocole d’essai = manière de tester), soit de résultats (niveau d’exigence).
  • La certification est une procédure qui permet de certifier la qualité et la conformité des produits et des services, par un organisme accrédité, reconnu et indépendant. La certification est un acte volontaire. La démarche n’est donc pas obligatoire mais, parce qu’elle s’accompagne d’un logo, elle offre le plus souvent une meilleure visibilité aux bonnes pratiques, et établit un lien de confiance envers le fournisseur. On distingue notamment des certifications de produits, des certifications de système de gestion, des certifications de services, etc.
  • Un label regroupe un ensemble d’exigences auxquelles les produits labellisés doivent répondre. La caution technique est moindre puisqu’un label peut provenir d’un organisme public ou privé. Il convient d’ailleurs de faire attention au sérieux et à la fiabilité de cet organisme et ce à quoi s’engagent vraiment les adhérents. Un label est donc beaucoup moins encadré qu’une certification.

Conséquemment, et du fait de l’usage de plus en plus intense des labels, certifications et normes en communication, plusieurs questions émergent quant à ces phénomènes.

  • Signature externe ou signature interne, comment s’y retrouver ?
  • Quelle est la valeur extrinsèque et intrinsèque de ces différents types de
  • signatures externes ?
  • Légitimité des labels officiels et des labels autoproclamés !
  • Quels liens existe-t-il entre notoriété, validation par une reconnaissance
  • externe et gain de réputation ?
  • Pourquoi valorise-t-on une reconnaissance externe ?
  • Construction de signes de validité et enjeux culturels -perspective historique et culturelle ?
  • Comment distinguer une reconnaissance objective, fondée sur des éléments factuels et démontrables d’une reconnaissance subjective, basée sur une valorisation d’idées communes ?
  • Comment connaître la valeur d’un organisme de certification ?
  • Qui sont les experts derrière ces marques de reconnaissance ?
  • Quel processus pour construire un label, une norme etc. ?

Le séminaire annuel de l’ACCS, qui se déroulera le 16 novembre 2022 à Paris, en croisant les points de vue de scientifiques et de praticiens entend examiner ces divers questionnements et discuter de l’importance (ou non) de considérer la reconnaissance externe (voire interne) comme un artefact utile (ou non) à la valorisation des discours des organisationnels ou individuels.

Instructions pour une proposition de communication
L’ACCS lance cet appel à communication afin de recueillir des propositions de présentation (15 mn) ou d’atelier (30 mn) qui permettront de mettre en perspective les différentes questions soulevées plus haut.


Les chercheurs et praticiens intéressés à participer au Séminaire annuel sont invités à envoyer à l’ACCS une proposition résumée de 1 500 caractères maximum (espaces compris), un titre (180 caractères maximum, espaces compris) et trois mots clés en format Word.


La mention Présentation (scientifique) ou Atelier (pratique) doit être indiquée et le thème auquel se rattache la soumission.


Les contributions sont attendues au plus tard pour 15 juin 2022.
Elles sont à faire parvenir aux adresses suivantes : lehmann.valerie@uqam.ca; francois.allard-huver@univ-lorraine.fr; thierry.libaert@uclouvain.be et motulsky.bernard@uqam.ca


Un retour sera fourni aux contributeurs dans les 4 semaines suivants la soumission.


Une publication sous forme d’actes du séminaire est envisagée pour les
communications présentées en novembre 2022.

  • Comité scientifique du Séminaire de l’ACCS 2022
  • François Allard-Huver, Maître de Conférences, Université de Lorraine ;
  • Patrice de la Broise, Professeur, Université de Lille, Président de la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication (SFSIC) ;
  • Marie-Ève Carignan, Professeure, Université de Sherbrooke ;
  • Valérie Lehmann, Professeure UQAM, présidente du Comité scientifique de l’ACCS ;
  • Thierry Libaert, Président de l’ACCS ;
  • Bernard Motulsky, Professeur UQAM ;
  • Stéphanie Yates, Professeure UQAM.

Là où les partis ne parviennent plus à produire du sens, on se tourne dorénavant vers des projets de marque mono-incarnés.

Nicolas Baygert est membre de notre Conseil Scientifique, il dirige en Belgique le laboratoire Protagoras partenaire d’un grand nombre de nos évènements. Il nous présente ici ses projets pour 2022.

  • Nicolas Baygert, vous dirigez le laboratoire Protagoras, pouvez-vous le présenter ?

Protagoras est un laboratoire de recherche appliquée/think tank en communication politique et publique rattaché à l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS) à Bruxelles. Notre volonté est de tisser des liens durables entre les milieux académiques et professionnels de ces disciplines. Par ailleurs, notre ancrage bruxellois nous destine tout particulièrement à nous pencher sur les enjeux communicationnels de l’UE.

Protagoras s’est d’abord fait connaître grâce à son cycle semestriel de Masterclasses — en partie accessibles via Twitch et YouTube. Nous y invitons les intervenants à aborder une thématique spécifique par différents angles. Dans la longue liste de participants, on retrouve deux anciens Premiers ministres belges (Sophie Wilmès, et Elio Di Rupo), des hauts fonctionnaires des institutions européennes, des universitaires, des directeurs d’agences et professionnels de la communication ainsi que des acteurs de la société civile. Deux fois par an, nous publions la revue « Les Cahiers Protagoras » (éditée par L’Harmattan) laquelle se présente sous la forme d’une collection d’articles rédigés par des chercheurs académiques et des communicants autour d’un thème imposé. Les articles sont soumis à une relecture en double aveugle par un comité scientifique. Parmi les huit numéros publiés, six sont en accès libres sur notre site internet https://www.protagoras.be/les-cahiers-protagoras.

Nous organisons enfin un colloque annuel au cours duquel nous invitons chercheurs et professionnels à se pencher sur une thématique transversale. Ces rendez-vous donnent lieu à des collaborations durables. Des partenariats structurels furent ainsi noués avec le département de communication et de recherche sociale de la Sapienza Università di Roma, le GRIPIC de l’Université́ Paris-Sorbonne – CELSA et l’Université des sciences appliquées du management et de la communication de Vienne (FHWien der WKW). La contribution à l’émergence d’un réseau européen consacré à la recherche appliquée en communication politique et publique constitue l’un de nos principaux objectifs, pouvant également se concrétiser sous forme de dossiers à l’instar du rapport « European Green Deal: Inducing Eco-Responsible Behaviours in the Post-Covid-19 Era » ; aboutissement d’une recherche menée en partenariat avec l’Institut d’études européennes de l’ULB.

  • Quels sont vos projets pour Protagoras en 2022 ?

Nous finalisons en ce moment même l’édition du « Cahier PROTAGORAS » consacré à notre colloque de 2021 (« L’éclectisme des communications populistes ») qui paraitra donc très prochainement. Le numéro suivant est prévu pour l’été 2022. Plusieurs Masterclasses sont prévues entre février et juin. La première se tiendra le 23 février avec en invité Antoine Colombani, membre du cabinet du Vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans. Nous prévoyons également une table ronde organisée en collaboration avec le CELSA, le 16 mai à Paris, pour un premier bilan des présidentielles. Notre colloque annuel se tiendra les 9 et 10 juin et portera sur la thématique des sondages comme outil de légitimation politique. L’appel à communication devrait sortir d’ici peu. En fonction de la situation sanitaire, nous envisagerons également de relancer divers évènements destinés à notre réseau pour intensifier le dialogue entre chercheurs et professionnels.

  • Vous avez soutenu votre thèse de doctorat en 2014 sur le sujet de « l’Homme politique comme marque ». Pensez-vous que la situation s’est amplifiée ?

Très certainement. En 2014, je concluais ma thèse en constatant l’avènement de logiques alter-partisanes laissant davantage d’espace à la dimension plébiscitaire des marques politiques – l’autonomisation des modalités liées à l’engagement politique posant ainsi question du devenir des formations partisanes classiques. Le quinquennat d’Emmanuel Macron en a parfaitement illustré les potentialités et les limites. La forme-marque comme modèle communicationnel a, d’une part, eu pour effet indirect un saut paradigmatique du politique vers une culture du « one shot ». L’hypermédiatisation de personnalités hors champ s’imposant ex nihilo, la crise identitaire des partis traditionnels (déjà passés par plusieurs rebranding successifs) et l’émergence de micro-partis (par ex. : Territoires de progrès, Agir, Horizons, La France Audacieuse, …) aggravent aujourd’hui ce constat de délitement structurel, au profit de plateformes électorales éphémères soumises aux logiques de marque. Dans cette reconfiguration tous azimuts, la politique partisane revêt une forme liquide. Là où les partis ne parviennent plus à produire du sens, l’on se tourne dorénavant vers des projets de marque mono-incarnés, conjoncturels et novateurs (intra ou extra-partisans) – un contexte où l’engagement relève souvent d’une dimension alter- et antipolitique (voire dégagiste).

L’Astroturfing est une pratique condamnée par les Relations Publics.

A l’occasion de notre séminaire du 24 novembre 2021 consacré à l’Astroturfing, Stéphane Billiet, ancien président du Syndicat français des Relations Publics, Vice-Président de l’agence WeChange, a présenté le point de vue des professionels sur le sujet. Pour lui, aucun doute n’est possible et toute agence qui se livrerait à cete pratique mériterait d’être exclue de la profession.

Les relations publics n’ont pas toujours bonne réputation. Nous sommes parfois perçus comme « l’industrie du mensonge » et il est vrai que le « dark » ou « black PR » existe. C’est la face la moins glorieuse de notre métier.

Les médias numériques ont amplifié la capacité d’influencer de manière dissimulée. Les réseaux sociaux se sont imposés comme le terreau le plus fertile pour « faire pousser de la fausse pelouse ». Avec eux, nous avons changé de dimension.

L’industrie de la désinformation prend une envergure inédite et planétaire avec l’arrivée sur le marché de sociétés prêtes à déployer de faux comptes sur les réseaux sociaux, de faux récits et de pseudo sites web d’actualité. Ce phénomène est amplifié par la porosité des frontières et la capacité d’action d’un grand nombre d’opérateurs basés loin de chez nous.

Ces professionnels savent s’appuyer sur des « usines de trolls » formées de bataillons de producteurs de contenus – bien humains – qui se connectent à de faux comptes Facebook ou Twitter pour commenter ou orienter les conversations. Et même si les géants des réseaux sociaux annoncent régulièrement la suppression de nombreux comptes et de groupes animés par des agences de désinformation, les « dark PR » continuent de prospérer. Ces officines, je ne peux pas me résoudre à les assimiler aux relations publiques.

D’ailleurs je pense qu’on est certainement très en retard sur la compréhension et la prise de mesure du phénomène de l’astroturfing, tant du point de vue académique que du regard que les praticiens portent sur le phénomène.

Les professionnels des RP en sont-ils la cause ?

Nous, dont le métier est de gérer l’opinion, savons bien que notre cuisine peut être toxique si le dosage entre l’émotionnel et le rationnel penche du mauvais côté. Nous savons que, comme en médecine, « c’est la dose qui fait le poison » et que les mauvais génies des RP que sont la propagande et la manipulation ne sont jamais bien loin.

En fait, en trente ans de pratique, j’ai eu très peu connaissance de cas avérés de manipulation qui auraient concerné mes confrères français.

Je continue de penser que, même si tout ne se sait pas, rares sont les professionnels qui empruntent le chemin tortueux de la persuasion, de la manigance, de la dissimulation et que, pour l’immense majorité d’entre nous, c’est le chemin bien droit, bien clair, de la conviction que nous préférons. Que nous faisons tout – pour nous-mêmes et vis-à-vis de nos clients –  pour que l’influence n’ait jamais rien à voir avec la manipulation, la désinformation ou l’astroturfing.

Pour les professionnels des RP, ces nouvelles formes de déstabilisation ne font que renforcer la nécessité de toujours mettre en avant et de toujours rappeler à la déontologie. La grande majorité des patriciens que je pratique depuis presque 30 ans, pensent que la fin ne doit jamais l’emporter sur les moyens, pas plus que l’appât du gain.

En tant que consultants d’agence, nous avons un rôle privilégié de conseil auprès de nos clients sur la façon d’avoir de l’impact sans prendre de mauvaises voies. Cependant, vous avez raison de travailler sur ces questions car le danger monte.

La société contemporaine, technologiquement modifiée, questionne l’éthique comme jamais, tellement les armes de déstabilisation massive sont disponibles, efficaces et peu coûteuses.

Mais qu’il s’agisse d’astroturfing, de fake news, ou de toute forme de pratique des RP répréhensible au titre de la morale et du respect du droit, la profession doit veiller et exclure. Sans aller jusqu’à la création d’un conseil de l’Ordre, je suis favorable à l’exclusion d’une agence de notre syndicat si elle venait à mal se comporter. C’est ce qu’avait fait la PRCA en 2017 en excluant Bell Pottinger dans le « Gupta Gate ».

Notre syndicat n’a pas eu, jusqu’à présent, de cas similaire à traiter, mais je suis convaincu, connaissant mes confrères, que nous prendrions la même décision.

Même si les agences de relations publics dignes de ce nom respectent ces principes, les plates-formes éprouvent de plus en plus de difficultés à empêcher les dark PR d’envahir leurs écosystèmes.

Pour ma part et pour ce qui concerne le marché français des RP, je suis convaincu que tout commence par l’éducation des futurs professionnels, que c’est ainsi qu’on peut limiter les dérives. En incluant systématiquement un cours sur l’éthique dans les parcours d’enseignement. Les détracteurs des RP – qui les pratiquent eux-mêmes à leur profit – dénoncent le rôle néfaste de ce qu’ils qualifient « d’industrie du mensonge ». De fait, les RP ont été, peuvent être, et seront encore longtemps – potentiellement – utilisées à des fins de manipulation.

Cette dénonciation, il faut l’entendre et la prendre en compte comme un garde-fou.

Si les technologies évoluent, si les pratiques évoluent en conséquence, faisant toujours plus appel aux possibilités du digital, la question de l’éthique doit rester un invariant.

Notre arsenal déontologique est ce qu’il est mais il existe. Nous le faisons évoluer, en France et à l’échelle internationale, en lui adjoignant régulièrement des chartes qui portent spécifiquement sur tel ou tel sujet comme, par exemple, la « charte influenceurs » qui est la dernière en date.

Tout récemment, le Conseil d’éthique de la PRCA, dont je suis membre s’est rapproché de l’Ethics and Compliance Initiative (ECI) pour lancer un nouveau projet de recherche sur l’état global de l’éthique en RP. L’idée, c’est d’avoir un état des lieux actualisé, de faire rayonner la préoccupation de l’éthique au sein de la profession, à l’échelle planétaire, et de donner accès à des possibilités de perfectionnement professionnel et à une plate-forme de discussion axée sur l’intégrité et les moyens de réduire le risque de conduite non-éthique dans les relations publiques et les communications.

Les possibilités de mauvaises pratiques iront toujours plus vite que notre capacité à actualiser les codes de déontologie mais c’est ainsi, cela ne doit pas nous décourager.

Les codes de déontologie et leur enseignement sont nos meilleures armes de dissuasion pour prévenir la tentation de la déviance.

Evaluer la communication. Quels objectifs ? Quels moyens ?

Jeudi 7 avril, de 18 h 00 à 19 h 30, nous organisons une conférence en ligne avec deux des meilleurs connaisseurs du sujet de l’évaluation en communication.

Cette conférence réunira :

  • Camille Alloing, professeur à l’Université du Québec de Montréal. Il vient de diriger l’ouvrage Evaluer la communication des organisations, où il examine notamment les questions d’audience, d’influence, d’opinion numérique.
  • Assaël Adary, président de l’association des anciens du CELSA et du cabinet Occurrence spécialisé sur les questions de mesure. Il a co-rédigé l’ouvrage Evaluez vos actions de communication.

La conférence sera l’occasion de s’interroger sur la mesure en communication des entreprises et des institutions, quels sont ses enjeux, ses tendances, ses difficultés et ses éventuelles dérives ?

Pour vous inscrire : https://www.eventbrite.fr/e/billets-evaluer-la-communication-quels-objectifs-quels-moyens-261331588817

Astroturfing, de quoi parle-t-on ?

Le 24 novembre, notre association a organisé un séminaire de recherche sur le sujet de l’Astroturfing.

Pour ouvrir la journée, nous avions demandé à Sylvain Laurens, directeur de recherche à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et co rédacteur du livre « les gardiens de la raison » (Ed La Découverte, 2020) de bien vouloir délimiter le sujet et ses enjeux. Voici la synthèse de sa contribution.

« Un objet volant qui reste à identifier pour les sciences sociales »

Dans sa communication introductive, Sylvain Laurens revient sur le concept de l’astroturf en rappelant à la fois, l’histoire du terme et la place singulière qu’occupe cet outil dans la panoplie plus large des stratégies de lobbying. Il est compliqué pour les sciences sociales de se donner un tel objet car, par définition, les stratégies des firmes visant à imiter un mouvement citoyen ou un soutien « par en bas » sont disqualifiables. Elles sont le plus souvent confidentielles ou menées de façon suffisamment dissimulées pour que le travail empirique sociologique soit extrêmement compliqué. Le risque, compte tenu de l’état actuel de débats publics sur les Fake News ou la force des courants complotistes serait également de laisser croire que ces stratégies sont à la fois monnaie courante et systématiquement couronnées de succès.

1/ S’il est vrai que l’essor du marketing digital et des réseaux sociaux a facilité la mise en avant de cet outil par les agences de relations publiques, il faut cependant garder en tête que le lancement d’un astroturf a un coût financier mais aussi réputationnel pour les firmes, notamment car celles-ci privilégient en général des stratégies d’influence au long cours et en retrait des débats publics. A Bruxelles par exemple, la recherche d’un lien privilégié avec les agents de la Commission et les personnels des agences réglementaires amènent les firmes à recourir plus volontiers à des stratégies relevant des « quiet politics » (pour reprendre le terme de Pepper Cuelpepper), des « politiques au calme » et en retrait des espaces les plus exposés à la critique. Sylvain Laurens insiste ainsi sur la place toujours prépondérante qu’occupent les confédérations patronales, les business associations, les chambres de commerce, les think tanks ou les fondations philanthropiques dans la panoplie d’influence des firmes. L’astroturf n’apparaît alors que comme une technique « seconde » qui permet aux firmes d’intervenir une deuxième fois dans les arènes consultatives en endossant la casquette de l’intérêt citoyen alors que leur intérêt a déjà été porté sur la casquette du « business ».  Ces précisions étant faites, on peut définir l’astroturf comme « un groupe d’intérêt économique aux accents citoyens et spontanés dont les actions sont déterminées et bornées par des entreprises qui lui préexistent ». La plupart de ces groupes ont une densité interne faible (nombre d’adhérents réels limités, réalité de l’animation confiée à une entreprise de relation publique ou à une confédération patronale). Ils voient aussi leur activité souvent bornée dans le temps (apparaissant par exemple lors de sommets internationaux) ou discontinue (liée à un agenda législatif). Ils ont vu leur essor ces dernières années en raison du poids grandissant que confèrent les régulateurs à la consultation des parties-prenantes (stakeholders). La plupart des agences de régulation disposent en effet de leur propre panel de représentants citoyens (c’est le cas de l’agence chimique européenne par exemple). Et dans la mesure où ces groupes « imitent » les terminologies des ONG, il est facile pour ces dernières de se fondre dans ces comités consultatifs.

2/ Autre développement récent, la multiplication des stratégies qui visent les milieux de la science amateur ou qui imitent le discours de défense de la science portée par des associations bénévoles depuis de nombreuses années. Ce déplacement du discours vers la défense de la « Sound science » est le corollaire du développement d’une « evidence-based policy » brandie en totem par nombre de firmes du secteur chimique ou de l’agro-alimentaire qui veille jalousement au maintien de l’acceptabilité sociale de leurs produits. On ne compte plus les organisations « spontanées » de citoyens défendant la science dont le financement est directement assuré par des firmes.

3/ Pour les sciences sociales, étudier les astroturfs présente au moins trois intérêts. C’est tout d’abord un objet de choix pour la sociologie économique. Leur existence permet de penser l’articulation des rapports entre marché et institutions publiques. Elle permet de poser la question des conditions de possibilité des alliances d’acteurs économiques concurrents, la possibilité de connexion de certaines firmes avec des groupements citoyens. C’est aussi un objet original pour la sociologie des groupes d’intérêt en ce qu’il perturbe les frontières communément admises entre groupement d’intérêt économique et ONG. Beaucoup de questions propres à la sociologie des groupes d’intérêt (comme l’intérêt à qualifier et à sociographier les porte-paroles ou à analyser les délibérations internes à un mouvement ou son capital militant spécifique n’ont ainsi plus beaucoup de sens). Enfin, l’existence des astroturfs permet de poser plus généralement des questions de fond sur les effets non pensés d’une gouvernance se réclament depuis plusieurs années de à la « société civile ». Il ouvre des réflexions intéressantes sur les failles actuelles des processus de consultation et de délibération visant à compenser l’absence d’onction élective de certaines institutions publiques.

Pour toutes ces raisons, on ne peut qu’espérer le développement d’enquêtes empiriquement fondées sur ces processus faute de quoi la place sera laissée aux interprétations complotistes de ces phénomènes. Les astroturfs existent comme en attestent le nombre d’agences qui proposent sur leur site web d’en animer pour le compte de leur futur client ou les différentes interventions qui vont émailler ce colloque. Ils n’ont peut-être pas la portée ou le poids qu’un traitement purement journalistique du phénomène pourrait laisser penser (ne serait ce que parce que certaines firmes craignent de recourir à cet outil par peur d’un dévoilement). Néanmoins, un des chantiers qui s’offre aux sciences sociales est bien de déterminer dans quelles proportions ce phénomène s’est déployé ces dernières années et quel effet il a pu avoir à la fois sur les stratégies d’influence modales des firmes et sur le fonctionnement de l’espace public.

Questions à… Fabrice d’Almeida, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris 2, Panthéon-Assas.

Propos recueillis par Emmanuel Bloch, Maitre de Conférence associé, Institut Français de Presse.

En tant que spécialiste de la propagande, n’avez-vous pas le sentiment que le concept de « fake news » est tout simplement la remise à neuf de vieux concepts tels que la propagande ou « l’agit-prop » de l’entre-deux guerres ou des années de guerre froide ?

En fait, la propagande représente un système général de conditionnement de l‘information et donc d’orientation des comportements. Les fake news, telles qu’elles se développement depuis 2016 sont plus limitées dans leur ambition et leur durée. Elles manifestent des usages différents des médias par rapport à l’orientation globale que voulaient donner les agitateurs et les propagandistes.

Ainsi, par exemple les opérations de désinformation mises en œuvre dans les années 50 sont très lourdes et complexes. Il faut mobiliser alors de gros moyens pour être crédible. Si l’on prend le cas du Guatemala, pour faire sauter le président Arbenz, la CIA monte une fausse radio pour faire croire à la présence de communistes dans le pays.

Aujourd’hui, un simple tweet et ses reprises organisées peuvent ternir l’image d’une personne de façon extrêmement rapide. Certes, il faudra peut-être une certaine quantité de messages et l’aide de « bots » pour créer une illusion de masse, mais l’effet peut être particulièrement efficace, même s’il s’avère moins durable.

Il me semble aussi que la propagande renvoyait à la croyance dans une vision du monde, alors que la fausse nouvelle n’a pas besoin d’une foi quelconque. Elle n’a ni vérité, ni philosophie, seulement son but et son éventuelle efficience. Pour le dire autrement, à l’âge de la propagande, une bonne partie des propagandistes croyaient en ce qu’ils disaient ! L’agent du KGB pensait vraiment que le monde occidental était corrompu. Aujourd’hui cela n’est plus nécessaire ; seule la « technique » et le savoir faire priment. 

Est-ce que la fake news n’est pas tout simplement « l’information de l’autre », pour parodier la fameuse maxime de Lévi-Strauss qui disait que « la superstition c’est la religion de l’autre » ?

Oui, dans une large mesure, la qualification de fake news n’est ni règlementée ni officielle. Elle est donc sujette à toutes les manipulations. Chacun est ainsi libre d’accuser ses concurrents ou adversaires de mentir et de pervertir la vérité. Mais il existe des instances, comme la presse qui parfois effectuent des vérifications et peuvent mettre à nu les véritables fausses informations. Tout n’est donc pas relatif.

Pensez-vous que l’on peut réellement combattre l’extension des fake news ?

Il est vrai que si le constat est aisé à réaliser, l’apport de solutions semble beaucoup plus complexe. Il y a bien sûr l’éducation des citoyens, mais cela prend du temps. Viennent ensuite les solutions humaines de vérification. La presse et les médias généralistes s’y emploient au point que le « fact checking » est devenu un genre journalistique.

Mais il existe aussi bêtement des solutions techniques qui s’élaborent progressivement comme les analyses des reprises de messages, les filtres par des algorithmes en fonction de mots clés, ou des analyses de diffusion des messages suivant les réseaux sociaux.

Ce sont des solutions encore « cousues main » pour l’instant mais qui deviendront plus fréquentes à l’avenir.

Enfin, il y a la pression des opinions qui poussent les plateformes et les réseaux à effectuer un travail de modération, souvent automatisé, toujours plus fin.

La modération réalisée par les plateformes est-elle est solution réaliste ? En effet, elle est soit raillée pour son inefficacité comme vient de le dénoncer la lanceuse d’alerte Frances Haugen, soit perçue comme une insupportable atteintes à la liberté d’expression, une privatisation de la censure.

Je ne comprends votre scepticisme. Oui, la liberté d’expression est en train de changer. Elle passe aujourd’hui par les agents en fonction de valeurs implicites. Mais le but est d’éviter les manips, c’est-à-dire les manipulations professionnelles pour un objectif politique ou économique. Et de réduire les bulles de croyances douteuses, les mania, ces fameuses manipulations amateures. A ce seul prix, les fragiles démocraties qui reposent sur le fondement de la vérité pourront continuer d’exister.

Vous semblez donc optimiste. Selon vous, nous pourrions nous débarrasser des « fake news » ?

Si nous avions collectivement la volonté de la faire, ce serait une évidence. Mais la concurrence entre les Etats et la réalité de nos propres turpitudes rendent peu probable la fin des fake news.

De plus, nous avons changé de paradigme en rencontrant d’autres cultures à l’échelle mondiale.

Notre attachement à la vérité, lointain héritage du monde grec ancien, est aujourd’hui mis en cause par le déploiement de la vision chinoise du monde. Pour eux, le vrai compte moins que l’efficace.

Le nouveau monde s’ouvre sur un compromis entre ces valeurs concurrentes.

[Partenaires] Colloque « Transitions en tension. Controverses autour des transitions écologiques » – 16 & 17 décembre

Chères et chers collègues,
Nous avons le plaisir de diffuser le programme du colloque « Transitions en tension. Controverses autour des transitions écologiques », qui aura lieu les 16 et 17 décembre 2021. Le programme se trouve aussi sur le site du colloque (https://transition2021.sciencesconf.org/).

Le programme du colloque en PDF.

Ce colloque est aussi le rendez-vous annuel du groupe de recherche « Communication, environnement, science et société » (GER CESS, SFSIC, https://comenvironnement.hypotheses.org/).

Nous voulons interroger les discours et les phénomènes communicationnels liés aux transitions écologiques et énergétiques – nous utilisons explicitement le pluriel pour indiquer la complexité de l’objet en question. La dimension polémique de la communication qui entoure les transitions – controverses, polémiques, discussions, débats – et qui mobilise le langage verbal et tout autre type de dispositif sémiotique (notamment les images, fixes et en mouvement), est notamment au centre de l’attention. Plus de 40 intervenants apporteront leur contribution sur ces thèmes.

Nous voulons impliquer dans la réflexion les chercheuses et chercheurs qui analysent ces phénomènes avec des outils scientifiques issus des sciences humaines et sociales. Notre focus porte en premier lieu sur les sciences de l’information et de la communication, mais porte également une attention particulière aux projets interdisciplinaires ou à la frontière entre différentes disciplines.

Conférenciers principaux :

  • Edwin Zaccai (Université Libre de Bruxelles)
  • Francis Chateauraynaud (EHESS, Paris)
  • Markku Lehtonen (Universitat Pompeu Fabra, Barcelona, Espagne).


Le colloque est gratuit, et aura lieu en distanciel et en présentiel à Louvain-la-Neuve, en Belgique, dans les locaux de l’UCLouvain (en cas de problèmes sanitaires, entièrement en distanciel). Les inscriptions se font sur le site du colloque. Les liens pour les connexions à distance via Teams aux différentes séances seront envoyés en décembre aux inscrits au colloque.

[ANNONCE] Astroturfing, de l’usurpation à la manipulation du débat public ? 24 novembre / 14h-18h / En ligne

Nous avons le plaisir de vous annoncer notre prochain séminaire annuel qui aura lieu en ligne, le 24 novembre de 14h à 18h. Il aura pour thématique : « Astroturfing, de l’usurpation à la manipulation du débat public ? ».

Inscription obligatoire via eventbrite : https://www.eventbrite.fr/e/billets-astroturfing-de-lusurpation-a-la-manipulation-du-debat-public-187819271497

Programme

14 h 00 – Introduction

  • Thierry Libaert, Président de l’ACCS

14 h 10 – Conférence d’ouverture

  • Sylvain Laurens, Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

14 h 45 – 1ère partie. Typologie, tactiques et médias

  • Modérateur : François Allard-Huver, secrétaire Général ACCS

14 h 50 – « Upgrade, Name, Shame and Make fun : le grand écart des médias d’information entre promotion involontaire et dévoilement des opérations d’astroturfing »

  • Lucile Desmoulins et Zineb Serghini, Université Gustave Eiffel, Marne-la-Vallée

15 h 10 – « Communauté de pairs : l’hybridation numérique au service de l’astroturfing »

  • Vanessa Mohli, Université Gustave Eiffel, Marne-la-Vallée

15 h 30 – « Circonscrire l’astroturfing par ses usages : des mobilisations citoyennes à la communication d’influence »

  • Camille Alloing, Université du Québec, Montréal

15 h 50 – Débat et échanges avec les participants

16 h 10 – Pause

16 h 25 – 2ème partie. Témoignages et réflexions des professionnels

  • Modérateur : Rita Fahd, Présidente du Comité d’Orientation ACCS

16 h 30 – « Astroturfing : le cas des écrans publicitaires »

  • Khaled Gaiji, Président Les Amis de la Terre

16 h 50 – « Désinformation, fake news et astroturfing »

  • Nicolas Vanderbiest, Fondateur de l’agence Saper Vedere, chroniqueur sur les phénomènes d’influence

17 h 10 – « Black PR, Le regard des professionnels des Relations Publiques »

  • Stéphane Billiet, Vice-Président de l’agence WeChange. Ex Président du syndicat français des RP

17 h 30 – Débat et échanges avec les participants

17 h 50 – Synthèse & Conclusion

  • Valérie Lehmann, Présidente du comité scientifique ACCS et professeure UQAM
  • Bernard Motulsky, vice-président ACCS et professeur UQAM

18 h 00 – Fin du séminaire

[Partenaires] Journées d’études « Pesticides : dialogues interdisciplinaires en sciences humaines et sociales » / 21-22 octobre / Dijon

L’usage des pesticides fait actuellement l’objet d’un intense débat public dans les instances médiatiques, politiques et associatives, et ce alors qu’il se présente comme une solution pour préserver les rendements agricoles. Sur le plan médiatique, des études récentes concluent à une instabilité terminologique ne permettant pas au grand public de saisir ces problématiques. Sur le plan politique, la dérogation accordée en 2020 aux néonicotinoïdes, dits pesticides « tueurs d’abeilles », a fait l’objet de fortes contestations. Des voix dissonantes issues des mouvements associatifs se lèvent : en s’appropriant ce problème, elles le font migrer d’un univers strictement agricole vers un problème de société.


Au vu de la complexité des enjeux actuels et à venir, l’objectif de ces journées d’études est de favoriser des dialogues et des débats interdisciplinaires sur les pesticides au sein des sciences humaines et sociales.

Inscription : https://urlz.fr/gnWE

Lien vers le programme.