Dossier coordonné par Céline Pascual-Espuny (IMSIC, Aix-Marseille Université), Andrea Catellani (LASCO, Université catholique de Louvain) et Béatrice Jalenques-Vigouroux (LERASS, INSA Toulouse).
À la reconquête du lien entre les sciences et la Cité, d’une pratique élargie et ouverte de la science, la recherche participative a connu un essor et une amplitude sans précédent ces dernières années. D’une question et d’une méthodologie de recherche, la démarche a ensuite évolué vers une approche participative institutionnelle, plus globale. Sciences participatives, open science, crowdsourcing, recherche-action, sciences post-normales, sciences citoyennes ou encore citizen sciences… se multiplient. Les travaux de John Dewey (1927), de Kurt Lewin (1948), de Talcott Parsons (1965) et de Paolo Freire sur la Community-Based Participatory Research ont posé les bases des sciences participatives, qui proposent des logiques où le chercheur est engagé, au cœur d’une recherche où sont sollicités de nombreux savoirs, et où le dispositif de participation lui-même est source d’action.
Depuis une vingtaine d’années, ces méthodologies de recherche postulent une symétrie de savoirs, un dialogue entre des savoirs dits « savants », scientifiques ou académiques, des savoirs dits « experts » ou analogiques et les savoirs « expérientiels » (Gardien, 2017, Amaré, Valran, 2017). Éclos dans les recherches en sciences environnementales (botanique, zoologie, mais aussi géographie) où le recours à des données relevées par des citoyens s’est avéré fondamental, dès la fin du 19e siècle, le mouvement est désormais global.
Utopie démocratique ? innovation ? exigence sociale ? La recherche participative ouvre la question de la valeur accordée aux savoirs, et à celle du savoir produit, coconstruit par l’échange issu de la participation. Elle postule que ce savoir, né de la rencontre de ces différents mondes cognitifs, dépasse les clivages et permet l’accès à une compréhension plus complète des phénomènes sociétaux (Le Crosnier et al., 2013, Amaré et al., 2017). Certains chercheurs relèvent également son utilité et sa nature profondément politique et tourné vers la recherche-action (Billaud et al., 2017).
Au-delà, ces pratiques questionnent la méthodologie scientifique et posent aussi bien la question de l’utilité de la science dans la société que celle de la place des chercheurs et de la place accordée aux profanes dans le processus de construction de la connaissance (Ravon, 2015, Callon, 1989, Bacqué, Biewerner 2015). En miroir, elles posent également la question de l’ancrage de la recherche dans le séculaire et dans les sollicitations sociales. Enfin, les notions d’empowerment et de participation, qui sont transversales et directement liées à ces pratiques ouvrent des perspectives de recherche ancrées dans la Cité.
Cette approche impacte les sciences de l’information et de la communication. Certaines recherches ont partiellement abordé cette question. Elles ont initialement exploré la voie de la vulgarisation ou de la traduction du discours scientifique (Yves Jeanneret, Joëlle le Marec, ou Igor Babou). Par ailleurs, en s’intéressant aux questions de participation du public dans la prise de décision environnementale, et en abordant plus précisément les questions de participation, de transparence, de dialogue et d’espace de discussions, les recherches de Martin (2007) ont mis en perspective les processus communicationnels par lesquels les compromis ont été trouvés au travers de processus participatifs sur des communautés natives. Hamilton (2008) a également travaillé sur les questions de convergences ou de divergences sur les armes nucléaires et leurs conséquences environnementales. Walker (2004) a travaillé sur la collaboration environnementale et la résolution des conflits. Philippe Roqueplo (1988) au travers de l’exemple des pluies acides, a abordé la question des jeux d’acteurs et celle des controverses et des conflits. Les travaux de Nicole d’Almeida et François Allard Huver (2014) ont développé toute une réflexion sur la dramaturgie du risque, ceux de Bolin portent sur l’histoire de la science autour de la météorologie et du changement climatique et ses effets sur l’opinion publique (Bolin, 2007). D’autres études se sont focalisées sur les effets de la communication pour créer les conditions du changement de perception face au changement climatique (Bostrom et Laschof, 2007) sur la capacité prédictive de la communication sur le changement (Brisse, Oreske et O’Reilly, 2013).
Les contributions attendues pourront en particulier répondre aux interrogations suivantes.
- Dans quelle mesure le travail de recherche réalisé avec des profanes, et plus seulement avec les pairs, remet-il en cause la notion de rigueur scientifique, et la notion de vérité scientifique, voire l’idée de validité scientifique ?
- Comment ces travaux de co-construction articulent-ils besoin social, exprimé par des institutions publiques, des collectivités territoriales, et indépendance scientifique ?
- À quel point ce type de recherche traduit-il un engagement des chercheurs, qu’il soit politique ou social ? Cet engagement est-il, doit-il être, explicite ? Comment les chercheurs « recrutent »-ils leurs aides non-scientifiques ? Quelles conditions leur imposent-ils pour le bon déroulement de la recherche ?
- Quels discours et quels dispositifs communicationnels sont mobilisés ? Quelles constructions sémantiques et éventuellement idéologiques apparaissent, quelles justifications ? Quel « éthos » du chercheur citoyen (ou amateur) est-il créé ?
- Concernant la ou les méthodologie(s) mise(s) en œuvre, la place de la transparence, et donc de la communication, devient-elle plus nécessaire ou importante ?
- Quels sont les résultats et les approches qui ont été développées pour accompagner ces recherches actions ?
Comité de lecture
François Allard-Huver (CREM, Université de Lorraine)
Igor Babou (Ladyss, Université Paris Diderot)
Françoise Bernard (IMSIC, Aix-Marseille Université)
Nicole D’Almeida (GRIPIC, Université Paris Sorbonne)
Thierry De Smedt (GREMS-RECOM, UCLouvain, Belgique)
Amaia Errecart (LabSIC, Université Sorbonne Paris Nord)
Anne Gagnebien (IMSIC, Université de Toulon)
Thierry Libaert (Comité économique et social de l’Europe)
Pieter Maeseele (Université d’Anvers, Belgique)
Marieke Muller-Stein (CREM, Université de Lorraine)
Roger Pielke Jr. (University of Colorado – Boulder, États-Unis)
Mathieu Quet (Institut de recherche pour le développement, IFRIS)
Daniel Raichvarg (CIMEOS, Université de Bourgogne)
Bruno Takahashi (Michigan State University, États-Unis)
Philippe Verhaegen (GREMS-RECOM, UCLouvain, Belgique)
Sélection des propositions
La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :
- sur la base d’un résumé de 1 500 à 2 000 mots qui présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques,
- pour les résumés retenus, une seconde évaluation sera réalisée sur la base des articles définitifs.
Les instructions aux auteurs, à respecter scrupuleusement, sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668.
L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux lecteurs du comité.
L’envoi des résumés au plus tard le 15 avril 2 mai 2020 au format Word (.docx) ou OpenDocument (.odt) se fait aux trois adresses suivantes :
- celine.pascual@univ-amu.fr
- andrea.catellani@uclouvain.be
- beatrice.jalenques-vigouroux@insa-toulouse.fr
Les propositions d’articles et les articles définitifs d’une longueur de 35 000 signes (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) peuvent être soumis en français ou en anglais. Aucun engagement de publication ne peut être pris avant la lecture du texte complet.
Calendrier
15 avril 2 mai 2020 : soumission des résumés pour évaluation
15 mai 31 mai 2020 : notification de l’acceptation ou du refus
15 septembre 2020 : remise de la version complète des articles
15 décembre 2020 : réception des versions définitives des articles
Juin 2021 : publication du dossier dans le numéro 56 d’Études de Communication
Appel à articles pour la rubrique Varias
Études de communication lance un appel à articles permanent pour sa rubrique Varias.
Toutes les propositions dans les différents domaines de la recherche en SIC sont les bienvenues.
Les consignes de rédaction sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668.