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[Partenaire] Les pratiques d’influence aux XXe et XXIe siècles

Une annonce de notre partenaire le Répine.

Le Réseau d’Etude des Pratiques d’Influence (Répine) est né avec l’objectif de mettre en discussion un certain nombre de recherches qui portent sur les différents domaines de l’influence.  Cette année, Répine organise un séminaire à l’EHESS avec une série d’invitées et d’invités sur des sujets tout aussi actuels que l’économie de l’attention et l’économie comportementale, les relations publiques et la publicité, les influenceurs et les réseaux sociaux, etc.

Les pratiques d’influence aux XXe et XXIe siècles

Le domaine des pratiques d’influence est proliférant (publicité, propagande, marketing, relations publiques, communication, psychologie sociale, algorithmique appliquée…). Il importe de saisir non seulement sa portée, mais son extension, ses dynamiques, ses pratiques, ses logiques, ses techniques. Où et sur qui s’exercent ces pratiques ? Quelles sont leurs histoires ? Qui sont leurs praticiens ? Quels sont leurs fronts pionniers ? Pourquoi importe-t-il de les considérer tout autant chacune dans leur spécificité qu’ensemble ? Quelle est la contribution des pratiques d’influence à la production de la valeur (économique et politique) ? Du point de vue du présent tout comme de l’histoire de longue durée, le gouvernement par l’influence (une forme de la gouvernementalité) n’est-il pas une dimension majeure de la bascule néolibérale que le monde connaît aujourd’hui ?

Ce séminaire est organisé par Répine (Réseau d’étude des pratiques d’influence), réseau international et multidisciplinaire comme son objet l’impose, en particulier par Piergiorgio Bruno, Yves Cohen, Hugo Souza de Cursi, Valérie Durieu, Camille Lavoipierre, Marco Santana, Anna Shapovalova et Francesca Martinez Tagliavia, (https://enseignements.ehess.fr/2020-2021/ue/752).

Programme 

1er décembre 2020 : La notion de pratiques d’influence : débats

5 janvier 2021 : Influenceur·se·s et réseaux sociaux

  • Brooke Erin Duffy (Cornell University)
  • Participation d’un·e influenceur·se (détails à venir) 

2 février 2021 : Économie comportementale et politiques publiques  

  • Olivier Pilmis (CNRS/Sciences Po)
  • Henri Bergeron (CNRS/Sciences Po)

2 mars 2021 : Marchands de doutes, marchands d’attention  

  • Naomi Oreskes (Harvard University)
  • Mathias Girel (École normale supérieure, PSL)

6 avril 2021 : Relations publiques et démocratie        

  • Scott Anthony (Nanyang Technological University, Singapore)
  • David Ellwood (Johns Hopkins University, SAIS, Bologna Institute)

4 mai 2021 : L’influence des algorithmes        

  • Antonio Casilli (Telecom Paris-Institut Polytechnique de Paris/EHESS)
  • Second participant à confirmer

1er juin 2021 : Faire une histoire de la manipulation  

  • David Colon (Sciences Po)
  • André Gunthert (EHESS)

Le séminaire se déroule les premiers mardis du mois de 16 à 19 h (il pourra avoir exceptionnellement pour horaire 15 à 18 h, ce qui figurera sur le site et sera indiqué aux inscrit.e.s). 

Lieu : Salle A04_47, 54 bd Raspail 75006 Paris et à distance (séminaire au format hybride).

En raison de la situation sanitaire, vous ne pourrez pas accéder à ce séminaire ni recevoir les liens de connexion sans avoir préalablement déposé une demande via le lien suivant au plus tard 72 heures avant le début de la première séance : http://listsem.ehess.fr/courses/752/requests/new

Sur l’impact environnemental de la publicité numérique à l’heure du « programmatique ».

L’actualité est riche de questionnements autour de l’impact environnemental de la publicité. Les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat et les textes de loi en préparation ont notamment mis en lumière certains des effets par lesquels l’activité publicitaire contribue à aggraver le changement climatique. Ces effets peuvent être indirects, par la manière dont la publicité encourage les comportements de surconsommation ou stimule la vente de produits peu écologiques. Ces effets peuvent également être directs, par la manière dont les supports publicitaires sont consommateurs d’énergie et de ressources rares. Les panneaux d’affichage extérieur numériques (Digital Out Of Home) sont ainsi le plus souvent visés, de par leur conception et leur expansion, mais ne sont pas seuls dans leur catégorie. Cet article analyse la manière dont la publicité numérique, de par ses caractéristiques technico-économiques, est particulièrement consommatrice d’énergie et de ressources.

La publicité numérique renvoie, de manière générale, à la diffusion de contenus publicitaires sur des supports numériques et connectés. Ces supports occupent une place croissante dans le paysage publicitaire. Depuis 5 ans, la publicité sur Internet est devenue le premier support en termes de recettes et génère une part considérable de la croissance du marché publicitaire. Les médias traditionnels eux-mêmes tendent à tirer une part croissante de leur revenus publicitaires de leurs espaces numériques (e.g. panneaux d’affichage numériques, sites web et applications des éditeurs média)[1]. En dépit d’une conjoncture économique particulièrement difficile, cette tendance devrait se poursuivre en 2021[2]. La publicité en ligne est devenue, en 25 ans, un support incontournable pour les annonceurs. Le numérique offre effectivement des possibilités démultipliées par rapport aux médias hors-ligne et notamment :

  • Une abondance et une diversité d’espaces disponibles (e.g. liens sponsorisés, bannières, vidéos, contenus natifs), à la différence des supports traditionnels limités physiquement ou légalement ;
  • Une automatisation quasi-complète de la chaîne de valeur, tirant profit du très haut débit et de l’accroissement des capacités de calcul, permettant ainsi l’optimisation des processus d’achat/vente et de l’adressage, via le recours au ciblage des consommateurs ;
  • Une extension des possibilités de mesure de l’activité publicitaire, à travers l’utilisation de traceurs tels que les cookies, permettant des mesures fines et multiples de l’audience centrées sur les sites ou leurs utilisateurs, mais aussi de l’efficacité des publicités.

La publicité numérique offre ainsi aux annonceurs et à leurs prestataires des capacités étendues d’optimisation des budgets publicitaires et d’automatisation des processus d’achat média et d’adressage. Ces capacités s’incarnent particulièrement dans la publicité dite « programmatique » qui opère, de façon automatisée et à travers des mécanismes d’enchère en temps réel (real-time bidding) l’affichage de publicités  ciblées à la maille individuelle (microtargeting). Ce mode de transaction concerne une très large majorité des achats publicitaires sur Internet[3] et tend à se développer sur l’ensemble des supports numériques, y compris ceux des médias traditionnels. Par ce biais, l’achat publicitaire ne se focalise plus sur des contextes éditoriaux, mais vise principalement à atteindre des audiences bien précises. La publicité « programmatique » peut être perçue comme l’aboutissement d’un processus en cours depuis la seconde moitié du 20ème siècle où la mobilisation des moyens informatiques avait permis de faire des audiences l’objet de la transaction marchande (commodification)[4].

Par ailleurs, l’un des effets du « programmatique » est d’avoir considérablement augmenté et complexifié la chaîne de valeur industrielle de la publicitaire. Entre l’annonceur, ses prestataires et les éditeurs médias, une importante cohorte d’intermédiaires techniques réalise de nombreuses opérations techniques en quelques millièmes de secondes. Entre le moment où un internaute ouvre une page web et où celle-ci s’affiche, son profil a été reconnu ou qualifié suivant des critères définis à l’avance (e.g. profil sociodémographique, préférences, intentions d’achat) et attribué aux enchères à un acheteur qui opère pour le compte d’un annonceur. Du côté des acheteurs comme des vendeurs, le raffinement technique permet une comparaison systématique entre les offres afin d’optimiser tant le prix d’achat que le prix de vente, entre de très nombreux candidats potentiels. Une fois l’attribution réalisée, des processus de personnalisation permettent de présenter une publicité micro-ciblée dont l’efficacité est ensuite mesurée et analysée (e.g. taux de clic, durée de visionnage de la vidéo, taux de visite ultérieure sur le site de l’annonceur). Le déroulement est  relativement similaire pour ce qui concerne la publicité sur les réseaux sociaux, à la différence que ces opérations sont internalisées chez un unique éditeur (e.g. Facebook).

Ces processus multiples font dialoguer une quantité importante d’opérateurs présents à différents endroits du globe, accentuant ainsi la consommation énergétique sur trois postes principaux : le terminal de l’utilisateur final, les serveurs des opérateurs impliqués et le réseau Internet. Une étude relativement récente avait estimé la consommation énergétique totale de la publicité en ligne en 2016 à 106 TWh pour des émissions de carbone estimées à 60 Mt CO2e[5]. La croissance du volume d’opérations, à travers le raffinement des possibilités offertes en termes d’optimisation, de ciblage, de mesure et de personnalisation, ainsi que la généralisation progressive de ce mode de vente à l’ensemble des supports numériques peut faire présager une croissance de la consommation énergétique de la publicité numérique, sans compter l’ensemble des ressources rares consommées sur l’ensemble du cycle de vie des objets mobilisés tout au long de la chaîne de valeur. L’impact direct de la publicité en ligne sur l’environnement n’est donc pas négligeable et devrait croître dans les années à venir, avec l’extension des méthodes du « programmatique » à l’ensemble des supports numériques. Si les mesures de cet impact demeurent rares, il convient d’ores et déjà de s’interroger sur les moyens mis en œuvre pour le réduire, en cohérence avec les efforts collectivement déployés pour réduire l’empreinte des activités économiques sur l’environnement.

Le secteur de la publicité, de plus en plus ouvert au dialogue sur le sujet de l’environnement[6], sera progressivement confronté aux effets négatifs issus des modes transactionnels propre aux supports numériques. La promotion et l’extension de la publicité « programmatique » va de pair avec une augmentation des flux, des opérations et la mobilisation croissante d’intermédiaires techniques, dans un contexte où les médias traditionnels entament la transition numérique de leur offre publicitaire. Le raffinement du ciblage, l’enrichissement des profils d’utilisateurs par leur reconnaissance croisée sur plusieurs terminaux, ainsi que l’amélioration constante de la mesure de l’efficacité constituent autant de promesses que la publicité numérique adresse aux annonceurs. L’idée d’une réduction des volumes publicitaires ou d’une simplification de l’architecture technique et marchande ne semble pas aller dans le sens de l’histoire. Pour autant, les critiques portées contre l’impact environnemental des activités numériques – à l’égard du streaming vidéo, par exemple – se font de plus en plus ardentes. Les acteurs de la publicité à la recherche d’une meilleure acceptabilité sociale et environnementale devraient affronter ce sujet afin d’éviter de se voir confrontés, à terme, à une dure réalité : un contenu publicitaire n’est jamais sollicité par le consommateur, il n’est donc pas perçu comme indispensable.

Théophile Megali, docteur en sciences de gestion et chercheur associé à la Chaire Gouvernance et Régulation (U. Paris-Dauphine – PSL). Contact : theophile.megali[at]dauphine.eu. 


[1] IREP, France Pub & Kantar Media, Baromètre Unifié du Marché Publicitaire (BUMP) 2019.

[2] Magna / IPG Mediabrands prévoit notamment une hausse de 8% des investissements en publicité numérique en France en 2021. Source : “Marché publicitaire : selon les dernières tendances d’IPG Mediabrands, la France sera l’un des pays les plus touchés au monde par la crise avec un recul des investissements de 13 %”, La Correspondance de la Publicité, 16.06.2020.

[3] En 2019, 78% des achats publicitaires de bannières sur sites (display classique) et réseaux sociaux (social display) étaient réalisés en «programmatique». Source : SRI, UDECAM, Oliver Wyman, 23ème observatoire de l’e-pub, 2020.

[4] McGuigan, Lee. « Automating the audience commodity: The unacknowledged ancestry of programmatic advertising. » New Media & Society 21.11-12 (2019): 2366-2385.

[5] A titre de comparaison, ce chiffre en TWh correspond à environ 1,5 fois la consommation brute annuelle d’électricité en Ile-de-France en 2019 (calcul d’après le bilan électrique annuel de RTE). Source : Pärssinen, Matti, et al. « Environmental impact assessment of online advertising. » Environmental Impact Assessment Review 73 (2018): 177-200.

[6] Florence Roussel, « Inquiets de leur sort, les acteurs de la pub veulent devenir le ‘bras armé de la transition’ », actu-environnement.com, 06.10.2020.

[J-7] Séminaire ACCS – Publicité et transition écologique – 19 novembre – En ligne

Quel rôle pour la publicité dans la transition écologique ?

L’Académie des controverses et de la communication sensible organise son deuxième séminaire autour du rôle que la publicité peut ou doit jouer dans le processus de transition écologique pour s’adapter aux changements climatiques et aux défis de l’avenir. Depuis quelques mois, le sujet du rôle de la publicité dans ses implications avec les enjeux de la transition écologique a explosé dans l’espace public (Rapport Libaert/Guibert, Proposition de loi EDS, Rapport Big Corpo, Propositions de la Convention citoyenne sur le climat, états généraux de la publicité, retrait des ONG environnementale de la régulation publicitaire…). Le séminaire a pour but de faire le point dans une optique académique sur ces questions.

En partenariat avec La Fondation Nicolas Hulot, le Earth & Life Institute, le Groupe de recherche « Communication, environnement, science et société » de la Société française des Sciences de l’information et de la Communication et l’agence Sidièse.

Jeudi 19 novembre 2020 17h00 à 19h30 (heure de Paris) – En ligne – Inscription obligatoire via Eventbrite : ici

#accs #transition #publicité

Contacts

Thierry Libaert, Président ACCS, thierry.libaert@uclouvain.be

Bernard Motulsky, Vice-président ACCS motulsky.bernard@uqam.ca

François Allard-Huver, Secrétaire général ACCS francois.allard-huver@univ-lorraine.fr

[Partenaire ACCS] Groupe d’étude et de recherche – « Communication, environnement, science et société »

Créé et labellisé le 22 novembre 2018 par la Société Française des Sciences de l’Information et de la Communication (SFSIC), le groupe d’études et de recherche « Communication, environnement, science et société » (CESS) est un réseau de recherche international, qui regroupe à ce jour plus d’une quarantaine de chercheurs francophones en communication environnementale.

Il a pour vocation de formaliser et d’institutionnaliser un lieu de rencontres et de recherches dans le champ de la communication environnementale, définie par l’association internationale des chercheurs en communication environnementale (IECA) comme incluant « toutes les diverses formes de communication interpersonnelle, de groupe, publique, organisationnelle et médiatisée qui constituent le débat social sur les problèmes et enjeux environnementaux et notre relation avec le reste de la nature ». La dénomination plus large « Environnement, Science et Société » souligne « l’encastrement » profond de la communication environnementale dans la société et ses liens avec le domaine scientifique.

Les controverses, tensions et polémiques liées aux enjeux de la nature et de l’environnement sont évidemment au centre de l’intérêt du GER.

Ce collectif de chercheurs a vocation à construire des compétences et des savoirs utiles à la « transition écologique » devenue indispensable à l’ère de l’anthropocène. Le GER souhaite offrir un espace ouvert de dialogue scientifique, sociétal et professionnel qui permette de monter en puissance concernant ces thématiques toujours plus prégnantes dans la société, et faciliter les échanges entre chercheurs.

Le périmètre thématique du groupe inclut les différents aspects communicationnels des notions liées aux préoccupations environnementales : l’écologie, le développement durable, la transition écologique, le risque, le discours scientifique et de vulgarisation, la communication scientifique voire muséale, la mobilisation, les crises, les discours et activités communicationnelles des acteurs publics et privés, marchands et non marchands, au niveau local, national et international, en utilisant tout type de technologie, support et dispositif. Toutes les approches et méthodologies de recherche en SIC peuvent être mobilisées.

Pour plus d’information, le carnet du GER : https://comenvironnement.hypotheses.org/ & le groupe Facebook : https://www.facebook.com/groups/570749766875311/

Publicité et transition écologique – Programme et lien d’inscription

Académie des Controverses et de la Communication Sensible.

Jeudi 19 novembre 2020 – En ligneInscription obligatoire via Eventbrite : ici

Programme du séminaire

17 h 00 – Ouverture. Présentation du séminaire – Thierry Libaert. Président de l’ACCS

17 h 10 – Animation – François Allard-Huver. Secrétaire Général ACCS. MCF Université de Lorraine.

17 h 15 – Publicité, le modèle de communication des entreprises en question. – Jean-Marie Charpentier. Consultant en communication. Administrateur de l’Association Française de Communication Interne.

17 h 35 – Publicité et transition écologique en Afrique – Karine Johannes. Enseignante Institut panafricain d’enseignement et de recherche sur les médias, l’information et la communication.

17 h 55 – L’argumentaire des annonceurs confrontés à une accusation de greenwashing – Mathieu Jahnich, chercheur indépendant, rattaché aux laboratoires LouRIM et LIMEEP-PS.

18 h 15 – Pub et déchets : la promotion enthousiaste de l’obsolescence par les publicitaires. Jeanne Guien, chercheuse indépendante, rattachée aux laboratoires du LISRA et du CETCOPRA.

18 h 35  – Un témoignage professionnel – La Publicité extérieure. Albert Asseraf. Enseignant à Dauphine Université Paris – Directeur Général Stratégie et Nouveaux Usages JCDecaux.

18 h 55 – Questions et débat

19 h 20 – Conclusion – Bernard Motulsky. Vice-Président ACCS. Professeur Université du Québec à Montréal.

19 h 30 – Fin du séminaire

Inscription obligatoire via Eventbrite : ici

La transition écologique remet en question le modèle publicitaire

Article paru dans l’édition du 25 août 2020 du journal Le Monde que vous pouvez consulter en cliquant ici

Thierry Libaert

Si elle opère sa révolution, la publicité peut constituer, de par son poids sur les imaginaires, un levier majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique, estime l’universitaire.

Tout, ou presque, aura été essayé en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Des mécanismes de financement innovants ont été créés, des innovations technologiques ont été encouragées, de nouveaux circuits basés sur l’économie circulaire ont été mis en place. Tous les leviers semblent avoir été actionnés. Tout sauf sans doute le plus important : celui qui prend racine dans notre cerveau, notre imaginaire.

Lors de la dernière session de la convention citoyenne pour le climat, en octobre 2019, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, saisie d’une question relative aux priorités d’action en matière de lutte contre le dérèglement climatique, évoquait la question publicitaire en secteur prioritaire. Les préconisations de la convention, présentées le 21 juin 2020, firent l’effet d’une bombe dans le milieu publicitaire, habitué aux critiques de greenwashing et à quelques actions contre les panneaux publicitaires.

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REPORT – Colloque « Contentious Science, Sticky Politics » – Automne 2021

En raison de la crise du COVID 19, le Colloque « Contentious Science, Sticky Politics » organisé par l’Université Bordeaux Montaigne a été reporté à l’automne 2021.

L’ACCS est partenaire de ce colloque et vous invite à envoyer vos propositions (en français ou en anglais).

Plus d’information sur le site de la conférence : https://sciencepolitics.sciencesconf.org/

Le texte de l’appel en pdf ci-joint.

Contentious Science, Tricky Politics:  Experts and Scientists in Controversial Policy Debates in Europe and North America 

Website and submissions:https://sciencepolitics.sciencesconf.org

Decision-makers—and those who pressure them—confront technical, ethical, and political uncertainty when navigating controversial issues. They often seek information they hope will provide guidance or authority. But what kinds of knowledge influence them to make a decision about questions whose very nature is a source of disagreement? Despite their classification as either primarily technical or purely moral, some social problems—especially those about the meaning, impact, or survival of human life—require policymakers to negotiate contested scientific and ethical terrain. Centering this question, this conference examines how and why “experts,” broadly defined, as well as activists and policymakers interact and influence each other as they work to address contested, high-stakes issues in Europe and North America. 

It invites scholars who analyze policymaking across domains and issues in which decision-makers negotiate contested scientific and ethical terrain. Examples include but are not limited to climate change, vaccine hesitancy, gene editing, sexuality and gender-based rights claims, data surveillance, social justice and human rights, as well as fiscal policy. In dealing with these issues, proponents and opponents work to create coalitions with their allies across academic, activist, and political fields to advance their cause, potentially influencing one another and shaping work in adjacent and overlapping fields. 

The relationships between experts, policymakers, and activists are important because their consequences can impact political decisions, such as the enacting of carbon emission restrictions or the legalization of same-sex adoption. They also shape how the public and policymakers perceive, say, the threat of climate change, the safety of vaccines, or the necessity to treat minority families equally. Current research tends to analyze some issues, such as climate change, from the angle of “politicized science” (McCright and Dunlap, 2011) and to analyze others, including the rights of gender and sexual minorities, from the angle of “morality politics” (Engeli et al., 2012). This conference seeks to start a conversation that aims to overcome that theoretical divide. By analyzing the interactions between experts, activists, and policymakers across a range of issues, it strives to bring to light the ways in which scientific and moral considerations may undergird all of them. 

Social scientists have identified how previously ignored phenomena become urgent social problems that draw the critical scrutiny of media, policymakers, and the public (Tilly and Tarrow, 2007). Across a wide range of issues, from sexual harassment to autism (Eyal, 2013; Zippel, 2006), activists create coalitions with political and academic elites to transform things that once seemed normal into problems deserving political attention. We know that once an issue is identified, advocates on either side continue to work with experts to produce information to convince policymakers (Stone, 2011). Scientific information can be especially effective—particularly in courts—because it can withstand critical scrutiny and projects legitimacy (Jasanoff, 2009). For this reason, social movements invest in academic allies (Armstrong and Bernstein, 2008). For example, in the case of climate change, environmentalists have relied on climatologists to provide them with data they can use to push for restrictions on carbon emissions in Europe and the United States (Dilling and Lemos, 2011). Similarly, LGBT activists have relied on psychologists to provide research about same-sex couples and their children in order to gain legal recognition for their relationships (Mezey, 2009). This “triangular” relationship (Paternotte and Kollman, 2013) between activists, experts, and policymakers creates “epistemic communities” (Smirnova and Yachin, 2015) among people with the same political or intellectual outlook. Thus, for instance, climatologists and environmentalists in favor of carbon restrictions must compete against scientists and their political allies who deny that humans cause climate change. These triangles remain under-analyzed because scholarship may overlook how moral and technical problems both involve the interplay of science and politics. By comparing across issues, this conference seeks to move beyond that limitation. 

New research indicates that these epistemic communities’ capacity to push their agendas depends on the power they wield within academic and political fields. Some have suggested that if experts dominate their professional or academic fields, they can share their status with their political and social movement allies (Fligstein and McAdam, 2012). Specifically, decision-makers may be more likely to believe experts whose claims represent the current consensus within their discipline. Revealing the significance of this effect, recent scholarship suggests that activists specifically try to influence the production of scientific knowledge so that they can claim that research supports their goals (Jasanoff, 2004). This conference contributes to this growing body of work by inviting papers that study academic-activist “feedback loops,” as well as networks of people and ideas, and the ways they constrain and enable policymaking and knowledge production on controversial issues.

In addition, the influence of well-financed NGOs and think tanks (Béland and Cox, 2010) allows epistemic communities to pool their resources despite marginalization they may face (Stambolis-Ruhstorfer 2020). Indeed, perhaps because of such resources, although climate change doubters are a minority in the academic sphere, they continue to have a strong voice in public debates (Dunlap and Jacques, 2013). Yet, these organizations, and the “triangular” relationships they help organize, confront policymaking venues with different rules about the role of expertise, such as courts and legislatures, which vary according to national and transnational politic contexts. This conference encourages papers that bring the insights about the role of these “institutional logics” (Thornton et al., 2012) in policymaking processes in different Europe and North American cases whose institutional configurations allow for fruitful comparisons (Beyers and Braun, 2014; Ruzza, 2004; Woll, 2006).

This conference invites paper proposal from fields across the humanities and social sciences that examine the intersection between knowledge and contentious politics within local or national contexts in North America, Europe, and/or supranational policymaking institutions, such as the E.U. or the United Nations. Comparative work that includes one of these contexts is especially encouraged. Both theoretical and empirical work is welcome as well as that which addresses historical periods from the 18th century to today.  

These proposals may fit within, but are not limited to, one or more of the following themes:

  • Interactions and/or networks among and across activists, scientists, and policymakers on debates related to controversial issues (ex. climate change, vaccine hesitancy, gene editing, data surveillance, artificial intelligence, sexuality and gender-based rights claims, social justice and human rights, fiscal policy, etc.).
  • The work of knowledge producers, such as scientists, who defend heterodox positions within their fields that impacts political debates
  • Funding of research for controversial political debates  
  • Cross-national connections between scientists, activists, policymakers 
  • Theoretical and empirical work connecting politicized science and morality politics
  • Dynamics between opposing scientific epistemic communities engaged in policy debates
  • Steps scientists, journals, organizations and other knowledge producers take to “translate” their work and make it audible and understandable to decision-makers and the broader public. What media do they chose to use and why? What impact do these choices have on how people interact with and understand their work?

Submission procedures and calendar:

Paper proposals should be submitted in English or French (max 500 words, excluding bibliography). They should explain their main contribution, methodology and data (where appropriate), and findings. Include a two-line biographical statement and keywords. Please note, the conference will be held in English with French interpretation. Submit on the conference website (account creation required): https://sciencepolitics.sciencesconf.org

Proposals due May 15, 2020. Results will be communicated by mid-July 2020. 

The conference will take place on Wednesday 2, Thursday 3 and Friday 4 December 2020 in Bordeaux. 

Program Committee (Organizers):

Michael Stambolis-Ruhstorfer, Université Bordeaux Montaigne / CLIMAS

Marie Coris, Université de Bordeaux / GREThA

Nicolas Labarre, Université Bordeaux Montaigne / CLIMAS

Stéphanie Bonnefille, Université Bordeaux Montaigne / CLIMAS

Conference Proposal Reviewers (Scientific Committee):

François Allard-Huver, (Information and Communication Studies) Univ. de Lorraine

William Berthomière, (Geography) CNRS/PASSAGES

Mathilde Bertrand, (History) Université Bordeaux Montaigne

Stéphanie Bonnefille, (Linguistics) Université Bordeaux Montaigne

Cédric Brun, (Philosophy) Université Bordeaux Montaigne

Rosalind Cavanagh (Political Science), Glawgow Caledonian University

Béatrice Collignon, (Geography) Université Bordeaux Montaigne

Pauline Cullen, (Sociology) Maynooth University

Pauline  Delage, (Sociology) CNRS/Cresspa

Martine Gross, (Sociology) CNRS/Césor EHESS

Nicole Iturriaga, (Sociology) Max Planck Institute

Nicolas Labarre, (Media Studies) Université Bordeaux Montaigne

Guillaume Marche, (Political Science) Université Paris Est Créteil

Jennifer Merchant, (Political Science and Law) Université Paris 2

Aaron Panofsky, (Sociology and Science Studies) UCLA

Koen Slootmaeckers, (Political Science) City, University of London

Michael Stambolis-Ruhstorfer, (Sociology) Université Bordeaux Montaigne

Valkovičová Veronika, (International Studies) Inst. for Labour & Family Rsrch., Bratislava

Stefan Vogler (Sociology), Northwestern University

Stéphanie Yates (Information and Communication Studies),Université du Québec à Montréal

Sponsors and Partners:

Universities:

Université de Bordeaux

Université Bordeaux Montaigne

University research groups:

CHANGES (Social science of contemporary changes)

GREThA (Research Group on Theoretical and Applied Economics)

PASSAGES (Geography, Environment)

SPH (Science, Philosophy, Humanities)

CLIMAS (Culture and languages of the Anglophone World)

Research institutes:

Institut des Amériques

Académie des Controverses et de la Communication Sensible

National/Regional sponsors:

IdEx Bordeaux

Works Cited:

  • Armstrong, E.A., Bernstein, M., 2008. Culture, Power, and Institutions: A Multi-Institutional Politics Approach to Social Movements. Sociological Theory 26, 74–99.
  • Béland, D., Cox, R.H. (Eds.), 2010. Ideas and Politics in Social Science Research. Oxford University Press, Oxford, UK.
  • Beyers, J., Braun, C., 2014. Ties that count : explaining interest group access to policymakers. Journal of public policy 34, 93–121.
  • Dilling, L., Lemos, M.C., 2011. Creating usable science: Opportunities and constraints for climate knowledge use and their implications for science policy. Global Environmental Change, Special Issue on The Politics and Policy of Carbon Capture and Storage 21, 680–689.
  • Dunlap, R.E., Jacques, P.J., 2013. Climate Change Denial Books and Conservative Think Tanks: Exploring the Connection. American Behavioral Scientist 57, 699–731.
  • Engeli, I., Green-Pedersen, C., Thorup Larsen, L. (Eds.), 2012. Morality Politics in Western Europe. Palgrave Macmillan, London.
  • Eyal, G., 2013. For a Sociology of Expertise: The Social Origins of the Autism Epidemic. American Journal of Sociology 118, 863–907.
  • Fligstein, N., McAdam, D., 2012. A Theory of Fields. Oxford University Press, Oxford, UK.
  • Jasanoff, S., 2009. Science at the Bar: Law, Science, and Technology in America. Harvard University Press, Cambridge, MA.
  • Jasanoff, S. (Ed.), 2004. States of Knowledge: The Co-Production of Science and the Social Order. Routledge, New York.
  • McCright, A.M., Dunlap, R.E., 2011. The Politicization of Climate Change and Polarization in the American Public’s Views of Global Warming, 2001–2010. Sociological Quarterly 52, 155–194.
  • Mezey, S.G., 2009. Gay Families and the Courts: The Quest for Equal Rights. Rowman & Littlefield Publishers, Lanham, MD.
  • Paternotte, D., Kollman, K., 2013. Regulating intimate relationships in the European polity: same-sex unions and policy convergence. Social Politics: International Studies in Gender, State & Society 20, 510–533.
  • Ruzza, C., 2004. Europe and Civil Society: Movement Coalitions and European Governance. Manchester University Press, Manchester, UK.
  • Smirnova, M.Y., Yachin, S.Y., 2015. Epistemic Communities and Epistemic Operating Mode. International Journal of Social Science and Humanity 5, 646–650.
  • Stambolis-Ruhstorfer, M. 2020. Producing expert capital: how opposing same-sex marriage experts dominate fields in the United States and France. Social Movement Studies 19, 38-62.
  • Stone, D., 2011. Policy Paradox: The Art of Political Decision Making, Third Edition. ed. W. W. Norton & Company.
  • Thornton, P.H., Ocasio, W., Lounsbury, M., 2012. The Institutional Logics Perspective: A New Approach to Culture, Structure, and Process. Oxford University Press, Oxford, UK.
  • Tilly, C., Tarrow, S.G., 2007. Contentious politics. Paradigm Publishers, Boulder, CO.
  • Woll, D.C., 2006. Lobbying in the European Union: From sui generis to a comparative perspective. Journal of European Public Policy 13, 456–469.
  • Zippel, K.S., 2006. The Politics of Sexual Harassment: A Comparative Study of the United States, The European Union, and Germany. Cambridge University Press, Cambridge, UK.

Communication au travail : c’est le moment de se dire les choses !

Jean-Marie Charpentier est docteur en sciences de l’information et de la communication, consultant et auteur avec Jacques Viers de Communiquer en entreprise Retrouver du sens grâce à la sociologie, la psychologie, l’histoire, Vuibert, 2019

Nous sortons difficilement d’une crise sanitaire qui nous a privés de la présence des autres et contraints à une distance en partie compensée par l’usage du numérique. Rien ne sera comme avant, entend-t-on parfois… Demain, nos modes de communication seront toujours au cœur du travail, mais on peut légitimement se demander lesquels et surtout dans quelles conditions. Le télétravail oui sans doute, mais jusqu’où ? Après l’open space, le flex office deviendra t-il la nouvelle norme au bureau ?

Un débat, et c’est heureux, monte à propos du travail à distance et de l’espace de travail. Il touche aux liens sociaux et à la nature de la communication quand les choix en gestation à l’initiative le plus souvent des directions financières ou immobilières visent, pour des raisons de coût avant tout, à réduire les m2 et faire travailler plus de salariés à domicile. Dans la période difficile qui vient, ces acteurs seront-ils seuls à la manœuvre quand des questions de relation sociale sont en jeu ? Se peut-il que tous ceux qui ont affaire avec la communication au quotidien, qu’ils soient managers, RH, communicants internes ou acteurs syndicaux assistent en spectateurs ou simples accompagnateurs aux réorganisations sans dire leur mot?

Refaire société ou distendre les liens ?

Le besoin pressant de refaire société en entreprise après une telle crise rend d’autant plus nécessaire de débattre de la suite. Nous sommes dans un moment où le débat devrait s’imposer. Ce que l’on a vécu pendant le confinement pèsera, c’est certain, dans les choix en matière de temps, de lieu et d’action pour les salariés.  L’expérience du télétravail n’a pas été la même pour tous. Certains l’ont découvert avec intérêt, d’autres en ont pâti[1]. Son extension à venir couplée à une raréfaction des espaces de bureau mérite autre chose que les trop rapides conclusions que certains, par effet d’aubaine, voudraient en tirer. Quelle communication veut-on dans l’entreprise et dans le travail entre salariés, managers et dirigeants ? Qu’en sera t-il de la présence des uns et des autres dans un univers qui privilégierait « zoom », « team » et l’éclatement spatial du « flex » ? Quelle place pour la coopération au jour le jour qui demande des contacts physiques directs, de la sensibilité, de l’informel?

Ces questions nous rappellent à la fois la part essentielle de la communication dans le travail [2] et le fait que la coopération fondée sur l’échange et le don ne se résume pas à la coordination technique[3]. Des échanges réciproques structurent notre quotidien au sein des collectifs de travail. On a besoin de se rencontrer pour exister ensemble. La bascule dans un télétravail dominant en même temps qu’un éclatement des lieux de travail contribuent à la désocialisation et à des modes de travail s’accompagnant d’une plus grande solitude. Avec la promesse alléchante d’une autonomie pour quelques uns, c’est en fait la densité des relations sociales qui est en jeu[4].

Communiquer, c’est aussi se dire les choses

On va avoir besoin de se dire les choses en entreprise. Des prises de parole et de position sont a minima nécessaires, mais cela va demander de transgresser quelques lignes. Dans un débat, une controverse, une dispute, ce qui compte c’est d’avoir un point de vue. Or, ce n’est pas évident. Tant les managers que les communicants ont parfois du mal avec l’échange de points de vue, c’est-à-dire avec la confrontation. Longtemps, la communication en entreprise s’est déployée quasi exclusivement pour porter et relayer la parole de tête. Elle s’est située en surplomb à partir d’un discours global. Communiquer, c’est pour l’essentiel mettre à l’agenda en même temps qu’en lumière ce qui a été décidé et non ce qui est en question. Tout un champ de communication s’est ainsi construit autour de la transmission et de la diffusion. Il a sa légitimité sur le plan informatif. Seulement, sa vocation de cohérence et d’alignement a un revers : il se trouve souvent démuni quand on sort d’une approche consensuelle pour se situer au coeur des controverses. « La réalité en entreprise, c’est qu’on souffre d’un manque de débat et de conflictualité. Or celle-ci fait partie intégrante du travail », rappelle l’ergonome François Hubault[5]

Une tout autre dimension de la communication est requise pour aborder le débat qui vient. Elle a à voir avec la délibération. C’est de plus en plus vrai dans la société comme dans l’entreprise. Les conférences citoyennes sur le climat en sont un récent exemple.  Apparemment plus limités dans leur objet, les espaces de discussion sur le travail participent de ce que Mathieu Detchessahar nomme l’« entreprise délibérée »[6]. Un courant se dessine qui appelle de nouvelles démarches délibératives en entreprise faites d’intelligence collective, de participation, de subsidiarité. Les communicants y ont toute leur place, pour peu qu’ils ne limitent pas la communication à la seule logique diffusionniste. La délibération, rappelons-le, s’appuie sur la prise de parole des acteurs sur ce qui les concerne. La question que l’on doit se poser est la latitude que les managers comme les communicants auront ou qu’ils sauront se donner pour peser dans des choix qui concernent les conditions de travail et la relation en entreprise l’entreprise.

Repartir des situations vécues

Au cœur du travail et de la relation, on l’aura compris, quelque chose d’essentiel est en train de se jouer dont tous les acteurs de la communication doivent se saisir. Les choix quant à la part du télétravail ou l’organisation spatiale ne devraient donc raisonnablement pas rester l’apanage des seuls directeurs financiers ou immobiliers. Aux communicants comme aux managers de sortir du rôle attendu de bons petits soldats chargés de la mise en forme et de l’accompagnement de décisions prises en dehors d’eux. Ils doivent accepter, quand il en est encore temps, d’entrer dans l’arène, en partant des situations vécues et en se situant à d’autres échelles que celle, macro sociale, du discours global convenu sur la transformation. Le témoignage des acteurs de terrain est sans doute un des meilleurs moyens d’entrer dans le vif du sujet. Et les salariés comme les managers ont à dire en matière d’usage et d’appropriation des outils et des lieux[7].

Il y a quelques années, l’anthropologue Dominique Desjeux proposait plusieurs échelles d’observation des phénomènes sociaux[8]. La réalité n’est pas la même selon le point de vue que l’on adopte. Il distinguait quatre échelles d’observation. Selon que l’on regarde l’entreprise sur un plan macro social à partir de sa structure, de son organisation, de ses résultats ou de sa population globale, méso social avec chacun de ses métiers et son système d’action, micro social avec les équipes, les collectifs de travail ou micro individuel à partir de l’individu salarié, on n’observe pas la même chose. « Ce que l’on voit à une échelle disparaît à une autre et en même temps on ne peut pas dire que ce qu’on ne voit pas n’existe pas. » Cette approche en échelles est importante dans des contextes d’intenses transformations, aussi bien en termes d’observation que d’action. Dans ce débat qui touche au travail réel, il y a besoin de  « faire remonter les savoirs pratiques et de faire entendre le réel aux dirigeants »[9] Mettre en visibilité la réalité vécue au niveau micro social ou micro individuel est sans doute aujourd’hui un défi pour tous ceux qui participent à la communication en entreprise.

Les bouches commencent à s’ouvrir et c’est de bon augure pour la suite de ce débat : « Définitivement non, je n’ai pas choisi ce métier pour être collé derrière un écran, pour envoyer des mails, je n’ai pas choisi ce métier, la communication, pour basculer en permanence dans un télétravail déshumanisant. », remarquait récemment Bernard Sananes[10]. Le sujet est sensible, trop sensible pour ne pas s’en saisir avec détermination. Il mérite amplement débat avant décision.


[1] Terra Nova, « La révolution du travail à distance », note du 30 avril 2020

[2] Philippe Zarifian, Travail et communication, Puf, 1996

[3] Norbert Alter, Sociologie du monde du travail, Puf, 2006

[4] Fanny Lenderlin, Les dépossédés de l’open space, Puf,, 2020

[5] Jean-Marie Charpentier, Jacques Viers, Communiquer en entreprise Retrouver du sens grâce à la sociologie, la psychologie, l’histoire… Vuibert, 2019

[6] Mathieu Detchessahar (dir), L’entreprise délibérée Refonder le management par le dialogue, Nouvelle Cité, 2019

[7] Aurélie Dudézert, La transformation digitale des entreprises, La Découverte, 2018

[8] Dominique Desjeux, Les sciences sociales, Puf, 2004

[9] Conférence de l’Association française de communication interne (Afci) avec Norbert Alter, le 13 mai 2020

[10] Stratégies, 20 mai 2020

Dossier thématique n° 56 « Sciences participatives : utopie démocratique, innovation, exigence sociale ? »

Dossier coordonné par Céline Pascual-Espuny (IMSIC, Aix-Marseille Université), Andrea Catellani (LASCO, Université catholique de Louvain) et Béatrice Jalenques-Vigouroux (LERASS, INSA Toulouse).

À la reconquête du lien entre les sciences et la Cité, d’une pratique élargie et ouverte de la science, la recherche participative a connu un essor et une amplitude sans précédent ces dernières années. D’une question et d’une méthodologie de recherche, la démarche a ensuite évolué vers une approche participative institutionnelle, plus globale. Sciences participatives, open sciencecrowdsourcing, recherche-action, sciences post-normales, sciences citoyennes ou encore citizen sciences… se multiplient. Les travaux de John Dewey (1927), de Kurt Lewin (1948), de Talcott Parsons (1965) et de Paolo Freire sur la Community-Based Participatory Research ont posé les bases des sciences participatives, qui proposent des logiques où le chercheur est engagé, au cœur d’une recherche où sont sollicités de nombreux savoirs, et où le dispositif de participation lui-même est source d’action.

Depuis une vingtaine d’années, ces méthodologies de recherche postulent une symétrie de savoirs, un dialogue entre des savoirs dits « savants », scientifiques ou académiques, des savoirs dits « experts » ou analogiques et les savoirs « expérientiels » (Gardien, 2017, Amaré, Valran, 2017). Éclos dans les recherches en sciences environnementales (botanique, zoologie, mais aussi géographie) où le recours à des données relevées par des citoyens s’est avéré fondamental, dès la fin du 19e siècle, le mouvement est désormais global.

Utopie démocratique ? innovation ? exigence sociale ? La recherche participative ouvre la question de la valeur accordée aux savoirs, et à celle du savoir produit, coconstruit par l’échange issu de la participation. Elle postule que ce savoir, né de la rencontre de ces différents mondes cognitifs, dépasse les clivages et permet l’accès à une compréhension plus complète des phénomènes sociétaux (Le Crosnier et al., 2013, Amaré et al., 2017). Certains chercheurs relèvent également son utilité et sa nature profondément politique et tourné vers la recherche-action (Billaud et al., 2017).

Au-delà, ces pratiques questionnent la méthodologie scientifique et posent aussi bien la question de l’utilité de la science dans la société que celle de la place des chercheurs et de la place accordée aux profanes dans le processus de construction de la connaissance (Ravon, 2015, Callon, 1989, Bacqué, Biewerner 2015). En miroir, elles posent également la question de l’ancrage de la recherche dans le séculaire et dans les sollicitations sociales. Enfin, les notions d’empowerment et de participation, qui sont transversales et directement liées à ces pratiques ouvrent des perspectives de recherche ancrées dans la Cité.

Cette approche impacte les sciences de l’information et de la communication. Certaines recherches ont partiellement abordé cette question. Elles ont initialement exploré la voie de la vulgarisation ou de la traduction du discours scientifique (Yves Jeanneret, Joëlle le Marec, ou Igor Babou). Par ailleurs, en s’intéressant aux questions de participation du public dans la prise de décision environnementale, et en abordant plus précisément les questions de participation, de transparence, de dialogue et d’espace de discussions, les recherches de Martin (2007) ont mis en perspective les processus communicationnels par lesquels les compromis ont été trouvés au travers de processus participatifs sur des communautés natives. Hamilton (2008) a également travaillé sur les questions de convergences ou de divergences sur les armes nucléaires et leurs conséquences environnementales. Walker (2004) a travaillé sur la collaboration environnementale et la résolution des conflits. Philippe Roqueplo (1988) au travers de l’exemple des pluies acides, a abordé la question des jeux d’acteurs et celle des controverses et des conflits. Les travaux de Nicole d’Almeida et François Allard Huver (2014) ont développé toute une réflexion sur la dramaturgie du risque, ceux de Bolin portent sur l’histoire de la science autour de la météorologie et du changement climatique et ses effets sur l’opinion publique (Bolin, 2007). D’autres études se sont focalisées sur les effets de la communication pour créer les conditions du changement de perception face au changement climatique (Bostrom et Laschof, 2007) sur la capacité prédictive de la communication sur le changement (Brisse, Oreske et O’Reilly, 2013).

Les contributions attendues pourront en particulier répondre aux interrogations suivantes.

  • Dans quelle mesure le travail de recherche réalisé avec des profanes, et plus seulement avec les pairs, remet-il en cause la notion de rigueur scientifique, et la notion de vérité scientifique, voire l’idée de validité scientifique ?
  • Comment ces travaux de co-construction articulent-ils besoin social, exprimé par des institutions publiques, des collectivités territoriales, et indépendance scientifique ?
  • À quel point ce type de recherche traduit-il un engagement des chercheurs, qu’il soit politique ou social ? Cet engagement est-il, doit-il être, explicite ? Comment les chercheurs « recrutent »-ils leurs aides non-scientifiques ? Quelles conditions leur imposent-ils pour le bon déroulement de la recherche ?
  • Quels discours et quels dispositifs communicationnels sont mobilisés ? Quelles constructions sémantiques et éventuellement idéologiques apparaissent, quelles justifications ? Quel « éthos » du chercheur citoyen (ou amateur) est-il créé ?
  • Concernant la ou les méthodologie(s) mise(s) en œuvre, la place de la transparence, et donc de la communication, devient-elle plus nécessaire ou importante ?
  • Quels sont les résultats et les approches qui ont été développées pour accompagner ces recherches actions ?

Comité de lecture

François Allard-Huver (CREM, Université de Lorraine)

Igor Babou (Ladyss, Université Paris Diderot)

Françoise Bernard (IMSIC, Aix-Marseille Université)

Nicole D’Almeida (GRIPIC, Université Paris Sorbonne)

Thierry De Smedt (GREMS-RECOM, UCLouvain, Belgique)

Amaia Errecart (LabSIC, Université Sorbonne Paris Nord)

Anne Gagnebien (IMSIC, Université de Toulon)

Thierry Libaert (Comité économique et social de l’Europe)

Pieter Maeseele (Université d’Anvers, Belgique)

Marieke Muller-Stein (CREM, Université de Lorraine)

Roger Pielke Jr. (University of Colorado – Boulder, États-Unis)

Mathieu Quet (Institut de recherche pour le développement, IFRIS)

Daniel Raichvarg (CIMEOS, Université de Bourgogne)

Bruno Takahashi (Michigan State University, États-Unis)

Philippe Verhaegen (GREMS-RECOM, UCLouvain, Belgique)

Sélection des propositions

La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :

  • sur la base d’un résumé de 1 500 à 2 000 mots qui présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques,
  • pour les résumés retenus, une seconde évaluation sera réalisée sur la base des articles définitifs.

Les instructions aux auteurs, à respecter scrupuleusement, sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668.

L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux lecteurs du comité.

L’envoi des résumés au plus tard le 15 avril 2 mai 2020 au format Word (.docx) ou OpenDocument (.odt) se fait aux trois adresses suivantes :

Les propositions d’articles et les articles définitifs d’une longueur de 35 000 signes (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) peuvent être soumis en français ou en anglais. Aucun engagement de publication ne peut être pris avant la lecture du texte complet.

Calendrier

15 avril 2 mai 2020 : soumission des résumés pour évaluation

15 mai 31 mai 2020 : notification de l’acceptation ou du refus

15 septembre 2020 : remise de la version complète des articles

15 décembre 2020 : réception des versions définitives des articles

Juin 2021 : publication du dossier dans le numéro 56 d’Études de Communication

Appel à articles pour la rubrique Varias

Études de communication lance un appel à articles permanent pour sa rubrique Varias.

Toutes les propositions dans les différents domaines de la recherche en SIC sont les bienvenues.

Les consignes de rédaction sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668.

Agenda prévisionnel 2020

Chères amies et chers amis de l’ACCS,


En ce début d’année, nous souhaitions vous faire part de quelques unes de nos prochaines actions et actualités de l’association.


Sur le front éditorial, nous sommes en train de finaliser un recueil de textes comprenant les résumés étendus des communications présentés lors de la journée du 22 octobre 2019. Nous sommes également à la recherche d’un éditeur pour des textes plus conséquents de cette journée.


Sur le plan scientifique, nous préparons la thématique de notre future manifestations et devrions publier un appel dans les prochaines semaines. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez être partenaire de cette future rencontre.


Du côté des manifestations, l’ACCS est également partenaire d’évènements qui seront organisés dans les prochains mois :

  • Un séminaire commun ACCS /CapCom,  au printemps,  sur le thème de la Responsabilité du Communicant public face aux enjeux de transition écologique,
  • Le Colloque « Contentious Science, Sticky Politics » organisé à l’université Bordeaux Montaigne en décembre, dont l’appel devrait être diffusé sous peu

En vous souhaitant encore une bonne année !