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A l’occasion de la publication de la 2eme édition du guide de la Communication responsable, nous avons demandé à Valérie Martin, Cheffe du Service Mobilisation Citoyenne et Médias de l’ADEME, et membre de notre Comité d’Orientation, de bien vouloir répondre à nos questions.

ACCS : L’ADEME avait publié en 2007 le Guide de l’éco-communication, puis en 2020 le Guide de la communication responsable. Vous publiez, juste deux ans après, la deuxième édition de ce guide. Qu’est-ce qui explique que seulement après 2 années, vous décidez la publication d’une nouvelle édition ? Quels sont les éléments de contexte qui vous ont motivée pour cela ?

Valérie Martin : Lorsque nous avons publié le guide de la communication responsable de l’ADEME en janvier 2020 avec Mathieu Jahnich et Thierry Libaert[1] , nous pressentions déjà que de profondes modifications allaient transformer le secteur de la communication, du marketing et de la publicité.

Les débats avaient démarré dans le courant du second semestre 2019 et se sont renforcés au cours du 1er semestre 2020 avec de nombreuses contributions déterminantes qui sont venues nourrir et enrichir concrètement la réflexion. Que ce soient via les travaux de la Convention citoyenne pour le climat, les rapports des ONG tels que « Big Corpo. Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique. » par les Amis de la Terre France, Résistance à l’agression publicitaire et Communication sans frontières ou encore Le rapport « Pour une loi Évin Climat» des ONG Greenpeace France, Réseau Action Climat et Résistance à l’agression publicitaire, nous ne pouvions que ressentir l’accélération de la pression exercée par des communautés très variées (scientifiques, experts, ONG, collectifs de citoyens…) ces questions ont été amenées au cœur même du débat public. Et même si elles se sont majoritairement concentrées autour du rôle de la publicité et de son impact sur la surconsommation, nous avons pu voir leur répercussion sur l’ensemble de la filière communication-marketing, mais aussi sur les médias.

Durant toute la phase d’écriture (2ème semestre 2021 à l’été 2022), nous avons pu en outre assister à des évolutions qui ont placé la question de la communication responsable dans une dynamique de changement structurel, et non plus dans une simple tendance conjoncturelle. On peut citer par exemple au niveau français la dénonciation régulière des actions de greenwashing par les membres du collectif « Pour un réveil écologique » et comme un corollaire le phénomène de judiciarisation face à ces pratiques commerciales trompeuses, bien sûr l’entrée en vigueur de nombreuses dispositions des lois anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) ou Climat & Résilience, sans oublier l’accentuation de la prise en compte de ces problématiques au niveau européen avec la volonté de renforcer l’information du consommateur.

Voilà ce qui nous a conduits à la publication de cette seconde édition largement enrichie puisqu’elle a doublé par rapport à la première !


[1]Les co-auteurs du guide de la communication responsable de l’ADEME : Mathieu Jahnich, Valérie Martin, Thierry Libaert

Le Guide de la communication responsable, édition enrichie 2022, ADEME

Pouvez-vous nous présenter les modifications essentielles pour cette nouvelle édition ?

V.M : Il faut sans doute déjà dire que le Guide de la communication responsable aborde bien sûr toujours les sujets traités dans la première édition : que ce soit la présentation des grands enjeux écologiques, les limites du modèle linéaire, le nécessaire déploiement d’une économie circulaire, la lutte contre le greenwashing, le très pratico-pratique chapitre dédié à l’éco-socio-conception des supports (édition, communication numérique, événementiel, production audiovisuelle) ou encore la communication de crise.  Nous avons quand même réalisé un véritable travail d’enrichissement et d’actualisation de ces différentes parties ! Nous avons également décidé de développer de nombreux autres sujets qui entrent dans le champ de la communication responsable et que nous n’avions pas exposés précédemment : les nouveaux récits et le déploiement d’imaginaires alternatifs désirables plus compatibles avec les transitions écologique et sociale – donc sobres – qu’il est indispensable de faire émerger pour rompre avec le modèle économique dominant ; ce sujet intègre bien sûr le combat contre les stéréotypes de modes de vie qui vont à l’encontre de la modération de la consommation et donc véhiculent certaines représentations nous incluant dans un imaginaire du bonheur fondé principalement sur la possession et l’accumulation des biens. Les questions de l’infobésité et de la lutte contre les fake news sont aussi largement mises en avant au sein de cette nouvelle édition car elles ont des effets délétères sur la communication ; tout comme un focus sur la défiance et la société du doute dans laquelle nous évoluons. Enfin, deux nouveautés majeures : la communication au service de la résilience des territoires car face aux crises systémiques auxquels les territoires sont confrontés (les collectivités jouent un rôle clé pour relever ces défis qui passe par la co-construction d’un nouveau projet de territoire et l’accompagnement des changements de comportement nécessaires porté par la communication publique notamment) ; l’autre nouveauté c’est celle de la transformation des entreprises et donc de celle du modèle d’affaires qui induit nécessairement de nouveaux rôles et pratiques des fonctions communication et marketing. Nous abordons d’ailleurs cette question d’un marketing plus responsable de manière plus approfondie afin de partager des initiatives et des éléments concrets pour changer les pratiques.

Par ailleurs, nous nous sommes appuyés sur plus de 80 experts afin d’enrichir le guide avec des analyses et de nombreux exemples pour accompagner nos lecteurs dans la mise en œuvre de leur démarche de communication responsable.

A qui s’adresse ce guide ?

V.M : Notre volonté est que ce guide s’adresse à un public très large. Concrètement, cela signifie que tous les communicants, publicitaires et marketeurs du secteur privé comme du secteur public mais aussi du secteur non-marchand sont concernés par les contenus du guide. Au-delà, alors que le contexte actuel nécessite de mettre en place des stratégies RSE ambitieuses dans les organisations (et donc de renforcer la synergie entre les équipes de la RSE et de la communication), ce guide sera également un outil très utile pour les professionnels de la RSE ; nous avons identifié un parcours de lecture spécifique d’ailleurs pour ces personnes. Enfin ce guide s’adresse à tous les enseignants et étudiants de ces différents domaines de la communication, du marketing, de la RSE et aussi en sciences politiques, administration générale, commerce et management. Il y a une forte attente de la part des professionnels en activité ou des futurs professionnels à s’investir dans une communication plus responsable et de (re)donner du sens à leur métier et à leur engagement. Véritable outil de formation, ce guide a pour ambition d’accompagner le nécessaire changement en profondeur de la fonction communication et marketing.

Quel regard portez-vous sur la prise en compte de la communication responsable dans les organisations, vous semble-t-elle désormais partagée dans la plupart des organisations ?

V.M : Nous pouvons déjà noter que le secteur de la communication semble comprendre la nécessité de faire sa propre « révolution » car la défiance est telle aujourd’hui que sans une modification profonde de ses fondements et pratiques ce secteur ne réussira pas à promouvoir et à faire la pédagogie d’un nouveau modèle de société. En tant que puissant vecteur de transformation culturelle, la communication, et donc les communicants, doivent en effet prendre leur responsabilité face à ces évolutions et accompagner le changement collectif au service d’un imaginaire d’une sobriété désirable et non plus d’un imaginaire lié à la surconsommation.

Progressivement, on voit se dessiner cette dynamique collective, même si une vigilance forte reste de mise afin de lutter contre certaines pratiques que l’on constate régulièrement. Preuve en est les cas de greenwashing systématiquement dénoncés comme je le mentionnais tout à l’heure ! Les citoyens sont aussi de plus en plus sensibilisés et attendent des marques un discours sincère et cohérent[1] : 84% déclarent avoir besoin de preuves tangibles lorsque les entreprises souhaitent communiquer sur leurs engagements en faveur de la planète et de la société.

Toutefois, les choses commencent à bouger. Tout d’abord, on assiste à un mouvement de formation aux enjeux de la transition écologique, aux bonnes pratiques de communication responsable et à de nouvelles démarches de travail qui se met en place tant dans les organisations (entreprises, collectivités, Etat) qu’au sein des agences. Dans les écoles et les universités pareillement ce sujet semble gagner du terrain. C’est un premier pas indispensable ! A cet effet, je ne résiste pas au fait de citer comme indicateur le nombre de commandes de notre guide dans les 15 jours ayant suivi son édition, près de 800 guides, ce qui est pour nous un excellent résultat ; c’est beaucoup plus important que pour la précédente édition ! Le guide de l’ADEME apparaît comme un guide de référence.

Par ailleurs, je remarque aussi que de nombreux webinaires, colloques sont organisés autour de ces thématiques par des réseaux variés et en particulier des réseaux de professionnels de la communication tant au niveau national que régional. On voit par ailleurs se développer des outils mesure de l’empreinte carbone des communications dans l’optique à terme de définir leur trajectoire climat pour réduire leur impact. L’intérêt est donc manifeste. Bien sûr, il y a du débat, des interrogations et encore des résistances, ce qui est un phénomène auquel on pouvait s’attendre compte tenu de la modification des pratiques et plus largement du modèle de fonctionnement à entreprendre.

Enfin, on constate que ce ne sont plus simplement certaines grandes entreprises ou agences spécialisées qui s’emparent de cette thématique. De nombreux acteurs s’y intéressent et commencent à investir le sujet : entreprises de toute taille, collectivités territoriales, agences de communication et de publicité, réseaux de marketeurs… Nous voyons par ailleurs bouger le secteur des médias avec la « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique » lancée le 14 septembre dernier.

Cette forte attente sur ces sujets est positive, toutefois le mouvement doit encore s’accélérer afin que ce secteur puisse devenir un des leviers de la transition écologique et de la transformation de notre société. Car tel est bien l’enjeu.


[1] Source : 15ème baromètre Greenflex- ADEME

En plus du livre, vous avez mis en place un site internet sur la communication responsable. Que peut-on y trouver par rapport au livre ?

V.M : Oui, l’ADEME a souhaité mettre en place dès la première édition du Guide en 2020 un site internet sur la communication responsable : communication-responsable.ademe.fr. Il s’agit d’un véritable prolongement du guide, un hub d’informations sur la communication et le marketing plus responsables afin de pouvoir partager des contenus régulièrement actualisés. Dans cette optique, nous avons d’ailleurs décidé de refondre notre site à l’occasion de la sortie de cette nouvelle édition de notre guide, avec pour objectif de mettre en avant l’essentiel des informations à connaître sur les différentes problématiques traitées dans le guide, mais aussi pour partager davantage d’outils pratiques, de résultats d’études et bien sûr de témoignages d’acteurs engagés. Bref, c’est un outil d’inspiration et de valorisation de l’expertise… qui permet d’être toujours informé et d’accompagner les communicants dans le passage à l’action vers des pratiques de communication plus responsables.

Labels, Normes et Certification : Programme du séminaire du 16 Novembre 2022

Le programme de notre séminaire annuel est désormais finalisé. Il porte sur la question des normes et labels et aura lieu le mercredi 16 novembre prochain à Paris. Il sera retransmis également en visio.

Vous pouvez vous inscrire à l’aide du lien ci-joint : https://www.eventbrite.ca/e/billets-labels-normes-et-certification-seminaire-du-16-novembre-2022-421367099337

Le programme pourra encore légèrement changer au niveau des horaires mais les interventions sont bien calées.

Hermès Com des ONG Académie des Controverses

À l’occasion de la parution du dernier N° de la revue HERMES consacrée à la communication des ONG, nous avons demandé à Jean-Marie Pierlot, spécialiste de ce sujet, de nous en faire un rapide compte-rendu.

Michaël Oustinoff, Ugo Ruiz (dir.), « Les ONG à l’épreuve de la com’ », Revue Hermès n° 89, 2021.

Depuis l’arrivée sur la toile mondiale et sur les réseaux sociaux au début de ce siècle, la communication de ce qu’il est coutumier d’appeler les ONG (Organisations non gouvernementales) s’est profondément transformée, non seulement au niveau du langage et de la stratégie, mais aussi au plan de l’étendue : autrefois cantonnée en Europe et en Amérique du Nord, elle se décline aujourd’hui dans les pays de l’hémisphère sud, tant en Afrique qu’en Asie ou en Amérique Latine.

Le premier niveau de cette transformation, celui des langages du web et de ses dérivés, explique sans doute que la revue Hermès ait fait appel pour la coordination de ce numéro à un professeur de traductologie, Michaël Oustinoff, et à un maître de conférences dans un Département de langues et littératures (à l’université de Göteborg), Ugo Ruiz. Le second niveau offre aux lecteurs une riche palette d’expressions de la problématique de la communication au sein des continents nommés ci-avant. Mais il témoigne aussi des difficultés auxquelles se heurte la communication de ces organisations de la société civile vis-à-vis de gouvernements peu enclins à tolérer leur expression critique à l’égard du pouvoir de l’État, en Chine, en Russie ou dans d’autres pays de régimes totalitaires. 

Voici donc un riche panorama des défis de la communication en divers endroits du monde de ces associations, que d’aucuns préféreront nommer Associations de solidarité internationale (article de Florine Garlot) ou Organisations de Mouvements Sociaux (Eric Dacheux). Les lecteurs s’apercevront, en parcourant ce dossier de 184 pages, que ces associations actives dans le domaine du « développement » (ce terme ne pouvant plus aujourd’hui être pensé qu’en termes de développement global de la planète) ou des droits humains se heurtent à leur (non-)reconnaissance de la part des États où elles sont actives. Que l’on pense à Haïti (Lafontaine Orvild) ou au Liban (Joseph Moukarzel), par exemple, ces États défaillants se méfient de ceux qui veulent résoudre à leur place les problèmes de résilience aux catastrophes naturelles. En Chine (Éric Sautedé), c’est la tyrannie de la surveillance qui empêche les associations de défense des droits humains d’agir librement et les menace d’exclusion ou de détention – comme dans la Russie de Poutine (Gille Rouet), où l’organisation internationale « volontaire et publique » Memorial a été dissoute fin 2021 par la Cour Suprême.

Quelques interviews de responsables historiques d’organisations humanitaires comme Rony Brauman pour MSF (Michaël Oustinoff) ou Joshua Rosenzweig, ancien responsable d’Amnesty International en Chine (Éric Sautedé) complètent ce panorama. D’autres situations nationales sont encore évoquées, tels le Brésil de Bolsonaro, le Cameroun ou l’Inde, le Bengladesh, le Cambodge … Impossible de les parcourir toutes dans le cadre de ce compte-rendu.

Un grand absent, toutefois, dans ce tour du monde des ONG : les associations qui militent contre le dérèglement climatique et pour la préservation de l’environnement. Elles sont pourtant massivement présentes dans le paysage médiatique et leur communication mériterait bien d’être soumise à la critique d’une revue universitaire de la réputation d’Hermès. Greenpeace est évoquée à trois reprises dans les toutes premières pages de présentation du dossier mais disparaît ensuite. Une brève interview d’un responsable d’Extinction Rebellion en Suède (peut-être parce que c’est le pays de Greta Thunberg ?) n’excuse pas l’absence de cette problématique tellement présente dans le monde d’aujourd’hui … Espérons que Hermès nous préparera une livraison avant la parution du n° 100 !

Jean-Marie Pierlot, maître de conférence retraité Université catholique de Louvain, chercheur indépendant en communication des associations.

Questions à… Christophe Roux-Dufort, membre de notre Conseil Scientifique et Professeur dans le département de management à la Faculté des Sciences de l’Administration de l’Université Laval.

Christophe Roux-Dufort, membre de notre Conseil Scientifique, Professeur dans le département de management à la Faculté des Sciences de l’Administration de l’Université Laval, est un spécialiste de la gestion de crise, sujet sur lequel il a répondu à nos questions.

1) Après la crise Covid, nous avons l’impression que les choses redeviennent comme avant, pourquoi sommes-nous incapables de tirer les leçons des crises ?

Parce que les inerties et les équilibres qui ont été perturbés par la pandémie ont des racines bien plus profondes que nous le pensions naïvement au début de l’épisode. Nous avons constaté durant cette période à quel point la planète était en en mesure de se régénérer rapidement dès lors que nous avions un peu moins prise sur elle. Nous avons même cru que cette pandémie pouvait être une sorte de point de départ à une prise de conscience collective sur les limites et les dégâts causés par nos idéologies de progrès et de développement. Comme pour beaucoup de crises, on aurait pu s’écrier à nouveau : plus jamais ça ! Mais il aurait surtout été question de nos choix de civilisation et non pas d’une nouvelle pandémie. Plus jamais les mêmes choix.

Malheureusement je crois qu’un changement de civilisation, parce que c’est
bien de cela dont il est question, passe sans aucun doute par une série de chocs successifs et parfois plus violents, pour que les forces de transformation et de changement l’emportent sur les forces d’inertie. Disons que nous avons vécu en modèle réduit et pendant une période courte (à l’échelle de l’histoire) ce que sans doute nous aurons à vivre dans des temps futurs. Il est toujours difficile de tirer des leçons de crise tant que nous ne comprenons pas que nous sommes la cause de cette crise. Tant que l’on pense que cette crise est seulement le fruit d’un virus qui s’est répandu sur la terre, alors la pandémie restera une crise sanitaire que l’on peut tenter d’endiguer avec notre savoir-faire scientifique et économique pour garder les populations en santé et soutenir nos économies destructrices (et creuser ainsi les déficits). Il n’y pas de remise en question très profonde. C’est une vue des choses. Lorsque l’on verra la pandémie comme le révélateur d’une civilisation fragile, apeurée et poussée à ses limites alors peut-être que d’autres questions et d’autres apprentissages surgiront.

2) Vous vous intéressez récemment, notamment sur la base des travaux de vos doctorants, aux questions de psychologie en gestion de crise, pouvez-vous nous présenter ces recherches ?

Les axes de recherche que nous poursuivons touche à deux dimensions
particulières. Avec Mary-Liéta Clément nous explorons la dimension tragique des crises en empruntant aux travaux sur la tragédie grecque. Cette approche permet de comprendre un peu mieux le comportement des gestionnaires ou des équipes de crise soumises à un événement où il est tout simplement trop tard pour agir. Prenez l’exemple du pilote Chesley Sullenberg qui grâce à son amerrissage sur la rivière Hudson à New York, le 15 janvier 2009 juste après avoir décollé, a sauvé l’ensemble des passagers et du personnel de bord. Il sait à un moment précis qu’il est trop tard et que le destin de l’avion est scellé.

Dans ce genre de situation les responsables vont devoir faire des sacrifices. On cherche donc à comprendre comment se font ces sacrifices, surtout que la plupart du temps, les sacrifices à faire touchent des ressources ou des actifs vitaux. Les choix sont donc cornéliens et doivent se faire dans des temps très courts surtout lorsqu’il s’agit de sacrifier des vies. Le deuxième axe de recherche porte sur le leadership de crise. Nous explorons cette dimension sous l’angle d’une approche esthétique.

L’approche esthétique est une façon d’aborder le comportement humain à travers des ressentis, ses émotions et ses expressions et manifestations corporelles. Avec Cheick Diaby nous cherchons à comprendre comment se manifeste le leadership en situation de crise grâce au mouvement des corps et l’expression émotionnelle et ce dans plusieurs situations comme les cellules de crise ou les interventions sur les terrains difficiles.

3) Depuis que vous avez commencé vos travaux en gestion de crise, qu’est-ce qui vous semble avoir le plus changé ?

C’est un champ qui évolue peu. En dépit de l’évolution du phénomène de crise et notamment avec l’influence qu’ont les réseaux sociaux et les nouveaux médias dans le déclenchement et l’amplification des crises, il y a eu somme toute assez peu d’avancées dans le domaine. Je crois que cela est lié principalement au manque de travail théorique sur le concept de crise qui aujourd’hui se trouve noyé dans une multitude de concepts proches et surtout d’approches très instrumentales développées par le monde du conseil.

Il est très étonnant de constater à quel point le concept de crise est très structurant dans d’autres disciplines comme l’économie, les sciences politiques ou la psychologie et en quoi il est quasiment absent dans les théories de l’organisation alors qu’il pourrait fournir justement un étayage théorique intéressant pour témoigner des processus de transformation. On l’étudie sans doute encore un peu trop du point de l’événement exceptionnel dont il faut rapidement réduire les conséquences alors que la crise est surtout un processus de changement profond.

4) Après les fortes inondations de l’an dernier en Allemagne et en Belgique, de nombreux pays ont connu la canicule et de nombreux feux de forêts, pensez-vous que les méthodes de gestion de crise puissent être appliquées à la crise climatique ?

Je n’en suis pas sûr. Ce serait prendre un marteau pour enfoncer le pylône d’un pont dans le lit de la rivière. La crise climatique de mon point de vue n’est qu’une facette, une simple facette d’une crise de civilisation. Elle en est le révélateur le plus saillant en ce moment. La pandémie en fut un autre. Les guerres sans doute aussi. Je ne crois pas qu’en l’état actuel de son avancement, ces méthodes et ces concepts puissent apporter une réponse sinon locale et temporaire dès lors qu’il s’agit de parer aux urgences que les manifestations multiples du dérèglement climatique telles que les inondations ou les incendies.

Les savoir-faire existent pour faire face à ces événements et organiser la réponse. Ce qui pose un problème c’est leur répétition et leur ampleur qui font peser des menaces lourdes sur la capacité à rendre ses réponses efficaces sur le long terme. Donc il ne s’agit pas d’une question de méthode mais plutôt de ressources disponibles à mobiliser pour faire face à l’extension et la fréquence des phénomènes.

5) On a parfois l’impression que pour de nombreuses organisations, la gestion de crise se réduit à de la communication de crise. Que pensez-vous de la relation gestion/communication de crise ?

C’est un classique. En effet la gestion de crise se confond souvent avec la
communication de crise. Cet aspect est important, c’est indéniable. Le problème survient plutôt lorsque l’image et la réputation deviennent les clés principales de la décision alors qu’au fond la crise est d’une toute autre nature.

Les priorités des organisations aux prises avec une situation de crise sont souvent la préservation des intérêts (le terrain juridique) et la préservation de la réputation (le terrain de la communication). Ces deux priorités ne s’arrangent d’ailleurs pas toujours très bien. Ceci est à l’image de l’évolution de nos sociétés dans lesquelles l’extension du domaine de la victime devient presque infinie. Nous pouvons littéralement tous revendiquer le statut de victime à un moment ou un autre et ainsi poser de nombreuses difficultés aux organisations. Mais il y aussi ce culte de l’image omniprésent qui lui donne un statut particulier au sein de nos sociétés. L’image est devenue notre bouclier, notre paravent, le masque permanent de nos faiblesses ou de nos infortunes. Certains réseaux sociaux sont des odes à la bonne image, la belle image qui véhicule la beauté, la perfection, le modèle ou la réussite. Ce n’est plus une tendance c’est devenu une obsession.

En ce sens la communication et en particulier la communication de crise devient un des bras armés qui brandit le bouclier de la réputation pour gérer les crises dans lesquelles il s’agit de masquer les imperfections d’une organisation ou d’un dirigeant.

Labels, normes et certification, séminaire du 16 novembre 2022

Le programme de notre séminaire annuel qui aura lieu le 16 novembre prochain est désormais finalisé. En voici le programme :

PROGRAMME

9 h 00 : Ouverture. Thierry Libaert. Président de l’ACCS. 

9 h 10 : 1ère partie. La certification dans le secteur minier

  • Enjeux communicationnels d’une certification environnementale en zone minière en Côte d’Ivoire : l’exemple de ISO 14001 à la Mine de Tongon. Moussa Coulibaly, doctorant à l’Université Alassane Ouattara. (Côte d’Ivoire) 
  • La mise en valeur de la norme VDMD dans les communications des compagnies d’exploitation minières en territoire québécois : quelle utilité ? Justine Lalande. Doctorante à l’UQAM, coordonnatrice scientifique du LabFluens.

9 h 40 : Débat

10 h 00 : 2ème partie. La certification dans les relations fournisseurs, sous-traitants et actionnaires

  •  L’effet pervers du rapport de développement durable ou quand la reddition de compte participe au greenwashing. Marie Lou Gagnon. Conseillère en communication stratégique au ministère du Conseil exécutif au gouvernement du Québec et étudiante au Programme de Responsabilité sociale des organisations à l’UQAM. 
  •  De l’objectif de communication à son dépassement: les bénéfices émergents associés à la labellisation RFAR portée par le Médiateur des entreprises Hughes Poissonier. Professeur à Grenoble Ecole de Management et Directeur de l’IRIMA (Institut de Recherche et d’Innovation en Management des Achats).
  • Le label B Corp invite-t-il vraiment à améliorer les pratiques durables des entreprises ? Sabrina Courtois. Doctorante à l’Université catholique de Louvain. Institut de recherches en management et organisations. 

11 h 00 : Entreprises à mission, B Corp et label RSE, le point de vue d’un praticien. Gildas Bonnel, président de la commission développement durable de l’AACC.

11 h 20 : Débat

11 h 40 : Normes, labels et communication responsable, Valérie Martin, cheffe du service mobilisation citoyenne et médias de l’ADEME.

12 h 00 : Débat

12 h 30 : Pause déjeuner

14 h 00 : 3ème partieVisibilité des normes et opinion publique

  • Impact des scorings alimentaires ambivalents sur le comportement des consommateurs. Axelle Dorisse. doctorante en marketing à l’UCLouvain Fucam Mons, (LouRIM).
  • Une « reconnaissance empilée » suffit-elle à instaurer la visibilité ? Céline Espuny, professeure Aix-Marseille (IMSIC) et Catherine Loneux Professeure Rennes II (Prefics)

14 h 40 : Débat

15 h 00 : Labels et normes, quelle régulation ?

  • Le rôle de l’ARPP dans la régulation des publicités utilisant des labels. Magali Jalade. Directrice juridique et Affaires Publiques. ARPP. 
  • La norme ISO 26000, une vision internationale de la responsabilité sociétale. Pierre Mazeau, Ex Président de la Commission Développement Durable Responsabilité sociétale de l’AFNOR. 
  • La régulation européenne, Corporate sustainabilty directive et référentiel RSE Européen. Emmanuel Bloch. Directeur Responsabilité d’entreprise, Thalès. Maître de conférences associé Paris II. 

15 h 45 : Débat

16 h 15 : Conclusions. Bernard Motulsky. Vice-Président de l’ACCS

16 h 30 : Fin

Les nouvelles frontières de la Communication interne, résumé de la conférence.

Le 28 juin dernier s’est tenu un séminaire sous le thème du Travail : nouvelle frontière de la communication interne ? Trois intervenants de qualité se sont succédé pour en discuter, soit Jean-Marie Charpentier, Delphine Jarosinski et Vincent Brulois.


Nous avons ainsi d’abord pu discuter avec Jean-Marie Charpentier à propos de la communication interne telle que vue par les professionnels de la communication, et précisément des changements auxquels les communicants font face, alors que la profession est en plein bouleversement.


Delphine Jarosinski nous a offert un témoignage touchant de la communication interne en milieu hospitalier en temps de COVID. Elle nous a présenté Traces, un projet innovant et émouvant visant à mobiliser le personnel des différents corps de métiers en milieu hospitalier, leur permettant d’exprimer ce qu’ils vivaient par l’art. 


Enfin, Vincent Brulois nous a proposé une perspective académique de la communication interne et son enseignement universitaire en master. Il pose le constat que les praticiens de la communication interne ont été aux premières loges en entreprises lors de la crise du COVID et ont dû transformer leurs manières d’agir, alors que tous se trouvaient à distance,
offrant du même coup une légitimité renouvelée aux communicants. 

Une vingtaine de personnes en provenance de la francophonie européenne et canadienne se sont regroupées pour discuter par la suite de l’évolution des métiers de la communication, des enjeux de recrutement et de l’importance de la communication interne. Des discussions hautement enrichissantes quant aux résultats de la communication, ponctuées d’histoires personnelles, le tout nous offrant une bouffée d’optimisme pour les années à venir en matière de communication interne. 


Si vous souhaitez écouter ou réécouter ce séminaire, l’enregistrement ainsi que les présentations des intervenants sont disponibles en suivant ce lien.

Présentation du Groupe d’études et de recherches sur la communication environnementale.

Céline Pascuel Espuny et Andrea Catellani nous présente le GER de communication environnementale ainsi que leurs projets pour l’année.

D’abord, pouvez nous présenter le GER, quelle est son origine, sa vocation, son organisation ?

Le Groupe d’Études et de Recherche « Communication, environnement, science et société » est un espace de rencontre et de recherche en communication environnementale, définie par l’association internationale des chercheurs en communication environnementale (IECA) comme « toutes les diverses formes de communication interpersonnelle, de groupe, publique, organisationnelle et médiatisée qui constituent le débat social sur les problèmes et enjeux environnementaux et notre relation avec le reste de la nature ».

Ce GER a l’ambition d’offrir un espace ouvert de dialogue entre scientifique, société et communautés professionnelles pour augmenter le rayonnement de recherches menées sur des thématiques toujours plus prégnantes dans notre société. L’ensemble des chercheurs formant ce groupe souhaite construire des compétences et des savoirs utiles à la « transition écologique » devenue indispensable à l’ère de l’Anthropocène.

Le GER organise des activités scientifiques (colloques, séminaires), des moments de rencontre et des publications ; ses activités sont communiquées via un cahier en ligne (https://comenvironnement.hypotheses.org/) et un groupe Facebook.

Pouvez-vous nous faire un rapide bilan de ses activités depuis sa création?

Le GER a organisé depuis 2019 un colloque scientifique international annuel. Les sujets traités ont été la situation des recherches sur la communication environnementale, le rôle des héros et des hérauts de l’environnement dans cette communication, et l’analyse des transitions écologique et énergétique et des controverses qui les entourent. Des publications sont en préparation, suite à ces colloques. Notre communauté a grandi et inclut maintenant plus de 50 chercheurs et enseignants-chercheurs qui travaillent dans le domaine de l’analyse de la communication environnementale et des thèmes qui lui sont connectés.

Vous venez d’organiser un séminaire « Transitions en tension. Controverses et tensions autour des transitions écologiques », qu’en retirez vous principalement ?

Lors du colloque international « Transitions en tension. Controverses et tensions autour des transitions écologiques », trois conférences plénières et 39 présentations orales de chercheurs ont eu lieu, au cours de 12 sessions hybrides (avec présentation dans la salle et sur la plateforme numérique Teams), en anglais et en français. Chaque session était animée pour favoriser la discussion.   

L’ensemble de ces présentations a permis de construire un portrait polyédrique de la recherche actuelle sur les enjeux des transitions écologiques et des controverses et tensions qui les traversent, notamment du point de vue communicationnel et linguistique, avec des ouvertures interdisciplinaires vers les sciences de l’ingénieur, les sciences du droit, l’analyse de la littérature.  

Le colloque a vu aussi l’assemblée annuelle du groupe de recherche.

Les pays représentés étaient nombreux : outre la Belgique, plusieurs chercheurs venaient de France, Allemagne, Norvège, Autriche et Espagne.  

Quels sont les projets du GER pour 2022 et au-delà?

Le GER continuera à organiser des colloques et séminaires scientifiques, et à permettre aux chercheurs qui travaillent sur les thèmes de la relation entre environnement, science, communication et société de se rencontrer, d’échanger et de construire ensemble. Nous allons aussi prochainement publier une série d’ouvrages écrits par des chercheurs et chercheuses, dans le cadre de la série « Communication, environnement, science et société » que nous dirigeons auprès de la maison d’édition ISTE. Cette série veut augmenter la visibilité de ces recherches. Les premières publications sont prévues déjà cette année.

L’expert du mois, trois questions à Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie, consultant en communication (laboratoire UMR-Pacte)

On parle de soi et des siens, de Vérité ou de mensonges, armé de son seul « avis ».

Depuis quelques années, nous suivons l’évolution des controverses et nous avons l’impression d’une radicalité croissante. Comment expliques-tu cette montée de la radicalité dans les controverses et penses-tu que celle-ci se développe essentiellement dans le champ politique ?

On peut observer une montée et une vivacité de clivages nouveaux et des postures radicales sur tout un tas de sujets sociétaux, sociaux, ou politiques. On peut lire par ailleurs de réelles évolutions de l’opinion, au travers de sondages réguliers (baromètres) sur des questions telles que le repli sur la famille et les amis proches, la préférence pour des gens de même origine (sociale, ethnique, etc.) et le rejet des étrangers. On perçoit aussi par ailleurs les effets de la « culture du clash » que certains médias alimentent en flux quasi continu, dans l’espace public : émissions de débats, talk shows, forums en ligne, etc. Plusieurs événements socio-politiques ont permis d’observer cette polarisation et l’augmentation de la violence verbale (et parfois physique), que l’on observait habituellement plutôt dans des réseaux que les spécialistes de l’extrême droite suivaient depuis des années.

Les positions extrêmes semblent se propager dans le champs discursif et médiatique comme un remède à une forme de lassitude, de monotonie de la vie publique et politique, d’une montée de l’indifférence et de la perte de sens ressenties par une large part de la population. Castoriadis parlait d’une « montée de l’insignifiance ».

Les anciens clivages qui avaient construit l’opposition Gauche/Droite ont vécu ; les débats et affrontements entre monarchistes et républicains, conservateurs et socialistes semblent avoir perdu de leur capacité à donner du sens et une vision du monde. La question sociale a perdu de son intérêt et de son attrait. Désormais, on parle de soi et des siens, de Vérité ou de mensonges, en quasi continu et armé de son seul « avis ».

Comment perçois-tu le rôle des réseaux sociaux dans la brutalité des débats ? Sont-ils une cause ou un outil de simple expression de cette radicalité ?

Les réseaux sociaux sont comme les médias qui les ont précédés, ils accompagnent un mouvement plus large, une évolution des préoccupations, des usages nouveaux, leur donnent une résonance particulière, une rapidité et une force décuplée. En termes politiques, les nouveaux régimes médiatiques ont des conséquences : instantanéité, course à l’indignation, image contre texte, ressenti contre pédagogie… La brutalité n’est pas la même que dans les journaux d’opinion du XIXe siècle, elle est plus rapide, directe, interpersonnelle.

On parle beaucoup de la responsabilité des GAFAM et leurs algorithmes dans cette explosion de réseaux devenus incontrôlables. Mais les réseaux sociaux sont avant tout un média, une connexion qui ouvre une certaine liberté de parole qui permet de venir poser sa petite “vérité” dans un déversoir à opinions partagées (entre pairs, souvent convaincus). Ce lieu d’expression semi-public ne connait pas les mêmes règles que celles qui avaient constitué l’espace public (au sens de Habermas, notamment), puisque ne sont admises que les règles des participant-es. Ces règles, ce sont celles d’un marché concurrentiel (entre réseaux) et celles que les usagers instaurent par leurs préférences (clics, like, etc.).

Les plus férus et les plus jeunes internautes et possesseurs de smartphones jonglent ainsi parfois en continu (et sur le même appareil) entre divers réseaux groupes, sujets, styles (FB, Twitter, Whatsapp, Tik-Tok, Snapchat, Instagram, Telegram, Discord, etc.). Avec ces réseaux, nous sommes devenus des êtres multimédias, pétris de contradictions et nourris de confusion ; un peu comme les outils que nous utilisons.

Pour déconsidérer une pensée, on s’attaque de plus en plus à son émetteur. Nous avons pu théoriser cela sous la forme des stratégies d’attaque ad hominem. Quel regard portes-tu sur ces stratégies ?

L’attaque ad hominem s’est en effet largement répandue, au-delà des réseaux radicaux qui en avaient fait leur spécialité. L’effet est double : montrer sa force (son agressivité potentielle, pour impressionner les adversaires et attirer des partisans) et surtout dévier l’objet de la controverse : mettre en cause les personnes, permet de dévier la discussion de l’objet de la controverse et des arguments potentiels.

Un des éléments qui cristallisent et renforcent depuis quelques années encore un peu les haines et la radicalité croissante des propos, c’est l’apparition en nombre et en force de théories conspirationnistes qui postulent un clivage nouveau entre des « dominants corrompus » capables de cacher leurs actes en soumettant les masses, face auxquels se dresseraient des « éveillés », conscients et rebelles, qui dénonceraient cette « vérité cachée » et dénoncent celles et ceux qui seraient les instigateurs de ce grand complot multiforme. Chaque crise de confiance dans les institutions ou les dirigeants traditionnels s’accompagne d’explications simplistes des raisons qui guideraient ces dysfonctionnements. Enlèvements d’enfants pour réseaux pédophiles mondialistes, complot judéo-maçonnique et Illuminati à la tête de « gouvernements profonds », puces 5G dans les vaccins, invention du réchauffement climatique, etc. Ces « explications » du désordre du monde sont propagées massivement par les milieux ultra conservateurs américains et soutenus par des médias puissants, des grandes fortunes climatosceptiques, et des réseaux charismatiques protestants ; elles ont essaimé sur les réseaux sociaux par le biais de groupes créés ad hoc et se sont diffusés en Europe, notamment, depuis quelques années.

Les récentes flambées de colères contre le « système » ont permis à d’anciens bloggeurs et polémistes conspirationnistes jusqu’alors assez confidentiels de connaître une popularité importante, leurs thèses de prospérer, leurs idées de pénétrer le corps social. La fenêtre d’Overton de la droite radicale s’est ouverte pour laisser entrer de nouveaux paradigmes, testés en ligne et diffusés en prime. Sans reprise en main par des instances de régulation fortes, on se dirige vers des incidents, des dérapages et des accidents graves, on line et IRL

[APPEL A COMMUNICATIONS] Séminaire ACCS – Astroturfing, de l’usurpation à la manipulation du débat public ? – 24 Novembre 2021

Version PDF de l’appel.

Présentation de la thématique

L’astroturfing fait référence à la création et à l’utilisation de faux mouvements spontanés de citoyens ou de consommateurs pour faire la promotion d’un produit ou d’une idée. C’est le sénateur du Texas Lloyd M. Bentsen qui utilise en 1986 cette expression pour la première fois pour condamner un mouvement citoyen qu’il jugeait « artificiel »(Lits, 2020). En effet, le terme fait référence à une célèbre marque nord-américaine de pelouse artificielle, « AstroTurf », utilisée dans les stades sportifs et qui imite une pelouse naturelle. Cette technique de communication, qui soulève de nombreux questionnements éthiques, consiste essentiellement à commanditer la mise en place de groupes de citoyens qui prendront publiquement position sur un enjeu sans que le commanditaire ne soit ni connu ni mentionné et qui, par leur action, viseront à influencer l’opinion ou à faire pression sur un autre acteur du débat public (Libaert & Allard-Huver, 2014).

Le terme a émergé en opposition aux mouvements grassroot, définis comme des « mouvements locaux nourris par la communauté qui donne son temps et ses ressources pour soutenir une cause spécifique. Leur objectif primaire est donc de gravir les échelons à partir d’efforts collectifs pour supporter une cause sociale ou politique que ces volontaires considèrent significative pour le bien commun de la société. » [traduction libre] (Cho et al., 2011, p. 573). En reprenant les codes d’un mouvement de citoyen « grassroots », le commanditaire d’un groupe astroturf s’assure d’une présence légitime dans l’espace public sans qu’il ne soit mentionné, donnant ainsi un poids et une indépendance plus grandes aux idées véhiculées par des personnes ignorant tout des ficelles derrière le mouvement auquel elles s’associent. D’autres déclinaisons du phénomène se retrouvent aussi sous le vocable astroturf. Le terme peut ainsi faire référence à des « groupes de façades », coquilles vides qui se présentent comme des groupes citoyens mais qui de fait, n’ont pas de membres. Sur le web, l’astroturfing digital consiste enfin à imiter les actions citoyennes « bottom-up », en appui à un projet, une entreprise ou une cause, par l’entremise de dispositifs technologiques (sock puppet ou clik farm, par exemple) ou par le recours à un grands nombres d’individus rémunérés à cette fin.

S’appuyant sur la dissimulation de l’émetteur réel du message et sur le simulacre d’un mouvement citoyen (Boulay, 2012, 2015) l’astroturfing constitue donc une remise en question du dire-vrai et de la crédibilité de la parole dans la sphère publique, qu’elle soit en ligne ou dans la rue (Gilewicz & Allard-Huver, 2013; Lits, 2019). Plus encore, dans un monde de plus en plus polarisé, c’est la posture et l’éthique des communicants et des organisations qui recourent à ce processus qui interroge et qui questionne les rapports de nos sociétés à ces phénomènes (Foucart et al., 2020)

Face à ce phénomène dont l’ampleur est mal connue, le prochain séminaire de l’ACCS, le 24 novembre 2021, sera consacré à la question de l’astroturfing, de l’usurpation à la manipulation du débat public ?

Trois axes ont été privilégiés pour ce séminaire, à savoir les pratiques existantes, la mesure de leur prégnance et leur régulation.  Nous invitons donc les auteurs et autrices à proposer des communications qui correspondent aux orientations suivantes (liste non exhaustive) :

  • Rendre compte de l’état actuel du phénomène
  • Mieux apprécier les cas de « front groups » et de « sockpuppets », les fausses identités individuelles, notamment numériques ;
  • Mieux connaître les outils pouvant être utilisés pour identifier l’astroturfing, une tactique efficace d’astroturfing étant par définition discrète;
  • Analyser la constitution de groupes d’expertise à façade scientifique ;
  • Comprendre les différents types d’astroturfing afin de constituer, de stimuler et de nourrir des mouvements d’influence trompeurs;
  • Évaluer les impacts réels de ces tactiques sur la démocratie, le lobbying et les jeux d’influence autour de cas concret identifiés;
  • Produire un état des lieux sur la réglementation des pratiques professionnelles derrière ces comportements;
  • Interroger les démarches de régulations et la nature des phénomènes dans le cadre des stratégies d’influence au niveau européen;
  • Réfléchir à la manière d’encadrer les pratiques publiques d’influence de groupes citoyens, d’individus, d’entreprises, d’associations, de mouvements idéologiques et de regroupements divers.

Ce séminaire ACCS, prévu actuellement en format virtuel compte tenu de la situation sanitaire, est organisé en partenariat avec la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’Université du Québec à Montréal et le Centre de recherche sur les médiations (CREM) de l’Université de Lorraine.

 

Modalités de soumission d’une proposition et dates clés

Les chercheurs et chercheuses intéressés à proposer une communication correspondant à une présentation de 15 minutes sont invités à envoyer une proposition au plus tard le lundi 28 juin 2021. Si besoin des relances seront effectuées.

Le format de la proposition sera de 500 mots maximum, plus une courte bibliographie et cinq mots clés (format PDF svp avec titre, nom et coordonnées sur une page de garde, page suivante avec titre et texte mais anonyme). Les communications retenues et présentées pourront faire l’objet d’une publication sous forme d’actes du séminaire.

Les propositions de communication devront être envoyées simultanément aux quatre personnes suivantes :

François Allard – fr.allardhuver@gmail.com

Valérie Lehmann – lehmann.valerie@uqam.ca

Thierry Libaert – thierry.libaert@uclouvain.be

Bernard Motulsky – motulsky.bernard@uqam.ca

Courant juillet 2021, les auteurs recevront les commentaires émis par les membres du comité scientifique du séminaire ACCS 2021. Le programme définitif du séminaire sera établi au cours du mois de septembre en fonction des communications acceptées.

Si besoin de plus d’informations, les auteurs intéressés à soumettre une proposition peuvent communiquer par courriel avec l’une des quatre personnes citées plus haut. Merci.

Comité scientifique du séminaire ACCS 2021

Christophe Roux-Dufort, Professeur Université Laval, Québec

Flore Tanguay-Hébert, Chargée de cours Université du Québec à Montréal, Québec

Winni Johansen, Professeure Université Aarhus, Danemark

Andrea Catellani, Professeur Université Catholique de Louvain, Belgique

Béatrice Jalenques-Vigouroux, Maitre de Conférence, INSA Toulouse, France

Arnaud Mercier, Professeur Panthéon Assas, France

Stéphanie Yates, Professeur, Université du Québec à Montréal, Québec

Et Valérie Lehmann, Professeure, Université du Québec à Montréal, présidente du Comité scientifique de l’ACCS

Bibliographie de référence

Boulay, S. (2012). Exploration du phénomène d’astroturfing : Une stratégie de communication usurpant l’identité citoyenne dans l’espace public. Communiquer. Revue de communication sociale et publique, 7, 61‑84. https://doi.org/10.4000/communiquer.487

Boulay, S. (2015). Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public : Astroturfing, communication et démocratie. Presses de l’Université du Québec.

Cho, C., Martens, M., Kim, H., & Rodrigue, M. (2011). Astroturfing Global Warming : It Isn’t Always Greener on the Other Side of the Fence. Journal of Business Ethics, 104, 571‑587. https://doi.org/10.1007/s10551-011-0950-6

Foucart, S., Horel, S., & Laurens, S. (2020). Les gardiens de la raison : Enquête sur la désinformation scientifique. La Découverte.

Gilewicz, N., & Allard-Huver, F. (2013). Digital Parrhesia as a Counterweight to Astroturfing. In Online Credibility and Digital Ethos : Evaluating Computer-Mediated Communication (p. 215‑227). IGI Global. https://doi.org/10.4018/978-1-4666-2663-8.ch012

Libaert, T., & Allard-Huver, F. (2014). La communication sur les sujets sensibles au prisme des sciences de l’information et de la communication. Communiquer. Revue de communication sociale et publique, 11, 81‑100. https://doi.org/10/ggq5cq

Lits, B. (2019). Astroturf lobbying in the EU : The case of shale gas exploration. Networking Knowledge: Journal of the MeCCSA Postgraduate Network, 12, 3‑18. https://doi.org/10.31165/nk.2018.112.521

Lits, B. (2020). Astroturfing. In Publictionnaire, Dictionnaire encyclopédique et critique des publics,. http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/astroturfing/

Lock, I., P. Seele & R. L. Heath. 2016. Where Grass Has No Roots: The Concept of ‘Shared Strategic Communication’ as an Answer to Unethical Astroturf Lobbying. International Journal of Strategic Communication 10 (2)

McNutt, J. G., & Boland, K. (2007). Astroturf, technology and the future of community mobilization: Implications for nonprofit theory. Journal of Sociology and Social Welfare, 34(3), 165–178.

Sisson, D. C. (2017). Inauthentic communication, organization-public relationships, and trust: A content analysis of online astroturfing news coverage. Public Relations Review, 43(4), 788‑795.

[APPEL A COMMUNICATIONS] Pesticides : Dialogues Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales.

Pour toutes celles et ceux intéressés par la question des pesticides, Nataly Botero (Université de Bourgogne – CIMEOS), Hélène Ledouble (Université de Toulon – BABEL) et François Allard-Huver (Université de Lorraine – CREM) organisent deux journées d’étude les 21 et 22 octobre 2021 à la MSH de Dijon. Ces journées sont prévues en modalité mixte (présentiel et distanciel). Vous trouverez le texte complet de l’appel ci-après ainsi qu’en version PDF ici.

La date limite d’envoi des propositions (3000 signes maximum, espaces compris) est prévue au 4 juin. N’hésitez pas à envoyer vos textes (je.pesticides.shs@gmail.com) !


Appel à communications – Journées d’études PESTICIDES : DIALOGUES INTERDISCIPLINAIRES
EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

Lieu et date :

MSH de Dijon
Université de Bourgogne
21 et 22 octobre 2021
Journées prévues en modalité mixte (présentiel et distanciel)

Texte de l’appel :

Les attentes sociétales vis-à-vis de la production alimentaire sont nombreuses : produits de qualité, réduction de la pollution, respect de la biodiversité et du bien-être animal, et ce alors que les agriculteurs sont soumis aux lois d’un marché fortement concurrentiel. Les cultures, quant à elles, subissent la pression d’un ensemble d’organismes qu’il est nécessaire de maîtriser. L’usage de produits phytosanitaires, bien qu’au cœur de nombreuses controverses scientifiques et polémiques médiatiques, est susceptible d’apparaître comme une solution pour minorer les pertes.

Alors que la protection des cultures a été documentée depuis l’Antiquité, les pesticides de synthèse ont fait émergence dans le cadre de la Révolution verte, avec un package technologique comprenant la mécanisation, l’irrigation et les monocultures (Deléage, 2019). Aux Etats-Unis, des toxicologues et des biologistes se sont intéressés à partir des années 1960 aux conséquences de l’usage de ces produits sur la santé humaine (Jouzel, 2019) et sur l’équilibre des écosystèmes (Carson, 1962). Les alertes données par les apiculteurs sur le déclin des abeilles ont été longtemps négligées, leurs connaissances informelles, non réductibles et locales étant dévalorisées par les formes instituées du savoir (Kleinman, 2012).

En France, les mesures publiques d’ampleur ont vu le jour avec le Grenelle de l’environnement lancé en 2007, en particulier avec le programme Ecophyto (Aulagnier et Goulet, 2017). Son objectif est de réduire de 50 % l’utilisation des produits phytopharmaceutiques à l’horizon 2025. Plus récemment, l’interdiction des usages domestiques et urbains des pesticides a été promulguée, suivie du classement du glyphosate comme « cancérigène probable » en 2015 par le Centre International de Recherche sur le Cancer. Malgré ce classement, l’Union Européenne a réautorisé la mise sur le marché de cette molécule en 2017, alors que de nombreux contentieux ont été lancés par des victimes des produits phytosanitaires (cf. Paul François, Dewayne Johnson). Certaines ont obtenu gain de cause, les réponses juridiques défavorables aux industries s’appuyant sur la responsabilité des produits défectueux et l’obligation d’avertissement (Lambert, 2020).


L’usage des pesticides fait actuellement l’objet d’un intense débat public dans les instances médiatiques, politiques et associatives. Sur le plan médiatique, des études récentes concluent à un cadrage simplificateur entre « bons » et « mauvais » pesticides (biopesticides vs. pesticides chimiques), ainsi qu’à une instabilité terminologique ne permettant pas au grand public de saisir ces problématiques complexes (Ledouble, 2020). Sur le plan politique, la dérogation accordée en 2020 aux néonicotinoïdes, pesticides dits « tueurs d’abeilles », a fait l’objet de fortes controverses.


Des voix dissonantes issues des mouvements associatifs et citoyens se lèvent : en s’appropriant ce problème, elles le font migrer d’un univers strictement agricole vers un problème de société. Au vu de la complexité des enjeux actuels et à venir, l’objectif de ces journées d’études est de favoriser des dialogues et des débats interdisciplinaires sur les pesticides au sein des sciences humaines et sociales (Galochet, Longuépée et al., 2008). Cette manifestation appelle aux contributions de chercheur.es en information-communication, en analyse de discours, de sociologues, anthropologues, géographes, psychologues, historien.nes et plus largement, économistes, philosophes, politologues et juristes, afin de favoriser la pluralité d’approches. Nous sollicitons ainsi des travaux portant sur les thématiques suivantes (liste non exhaustive) :

  • Activité discursive et argumentative des différents acteurs, arènes du débat et tensions
    observables au travers de la langue et du lexique (désignations consensuelles et disensuelles
    par exemple) ;
  • Élaboration et mise à l’épreuve du consensus par des controverses et des contre-discours
    scientifiques, politiques et médiatiques ;
  • Paroles et savoirs des acteurs engagés dans l’agriculture biologique (agriculteurs,
    coopératives), émergence et prise en compte de leur expertise ;
  • Tensions entre l’impératif de production, de protection des cultures et des sols, d’une part et
    protection de la santé des agriculteurs et de la biodiversité, d’autre part ; alternatives aux
    pesticides de synthèse (biocontrôle, lutte biologique, etc.) ;
  • Acteurs associatifs engagés dans des logiques de dénonciation : mouvements généralistes sur
    l’écologie et associations spécialisées (Phyto-victimes, Générations Futures, Nous voulons des
    Coquelicots, Collectif Glyphosate, etc.) ;
  • Pratiques scientifiques et communicationnelles des acteurs économiques et industriels,
    influence et activité de lobbying ;
  • Procédures en justice, initiatives juridiques des pouvoirs locaux (cf. Daniel Cueff, maire de
    Langouët), affaires et scandales (« Monsanto papers ») ;
  • Science règlementaire, fabriques du savoir et de l’ignorance ;
  • Productions issues des industries culturelles : séries (Jeu d’influence, Arte, 2019), films (Au
    nom de la terre, Edouard Bergeon, 2019), romans (La malchimie, Gisèle Bienne, 2019).

Bibliographie

  • ALLARD-HUVER F. (2020), « Savoirs, dispositifs et médiations des risques alimentaires : le scandale des œufs contaminés au fipronil », Les enjeux de l’information et de la communication, n° 3, p. 29-42.
  • BOTERO N. (à paraître, 2021), « Soustraire l’alimentation du débat sur les pesticides : traitement médiatique d’un problème en une », HUGOL-GENTIAL C., BADAU E. et al. (dirs.), Qu’est-ce que l’on mange ?, EUD, Dijon.
  • AULAGNIER A., GOULET F. (2017), « Des technologies controversées et de leurs alternatives. Le cas des pesticides agricoles en France », Sociologie du travail, n° 3 [en ligne].
  • CARSON R. (1962), Silent spring, Penguin, Londres, 323 p.
  • DELEAGE J.-P. (2019), « Une alimentation digne et saine pour tous ! », Écologie et Politique, n° 59, p. 5-13
  • GALOCHET M., LONGUEPEE J., et al. (dirs.) (2008), L’environnement : discours et pratiques interdisciplinaires, Artois Presses Université, Arras, 290 p.
  • JOUZEL J.-N. (2019), Pesticides. Comment ignorer ce que l’on sait, Presses de Sciences Po, Paris, 261 p.
  • KLEINMAN D. L., SURYANARAYANAN S. (2012), « Dying Bees and the Social Production of Ignorance », Science, Technology & Human Values, n° 38 [en ligne].
  • LAMBERT E. (2020), « Le contentieux américain des victimes de l’exposition au glyphosate », Revue juridique de l’environnement, n° spécial, p. 201-213.
  • LEDOUBLE H. (2020), “Term circulation and conceptual instability in the mediation of science: Binary framing of the notions of biological versus chemical pesticides”, Discourse & Communication, vol. 14, p. 466-488.

Modalités d’envoi :

Les propositions de 3000 signes maximum (espaces compris) comporteront un titre, nom, prénom et rattachement institutionnel des auteur.es, quatre à cinq mots-clés, un résumé en français et une bibliographie. Merci d’envoyer les fichiers sous format word à l’adresse mail suivante :
je.pesticides.shs@gmail.com

Calendrier :

Date limite d’envoi des propositions : 4 juin 2021
Réponse aux auteur.es : 2 juillet 2021
Diffusion du programme prévisionnel : 8 octobre 2021

Comité d’organisation :

Nataly BOTERO (Université de Bourgogne – CIMEOS)
Hélène LEDOUBLE (Université de Toulon – BABEL)
François ALLARD-HUVER (Université de Lorraine – CREM)

Comité scientifique :

François ALLARD-HUVER (MCF, Université de Lorraine – CREM)
Nataly BOTERO (MCF, Université de Bourgogne – CIMEOS)
Gilles BRACHOTTE (MCF, Université de Bourgogne – CIMEOS)
Claude COMPAGNONE (PR, AgroSup Dijon)
Valérie DELAVIGNE (MCF, Sorbonne Nouvelle – CLESTHIA)
Fanny DOMENEC (MCF, Panthéon Assas – Pôle Langues)
Clémentine HUGOL-GENTIAL (MCF HDR, Université de Bourgogne – CIMEOS)
Hélène LEDOUBLE (MCF, Université de Toulon – BABEL)
Aura PARMENTIER (MCF, Université Côte d’Azur – GREDEG)
Elodie VARGAS (PR, Université Grenoble Alpes – GREMUTS